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Peu de temps après la Libération, Mgr Saliège avait dit au Père de Naurois : « Vous devriez écrire vos mémoires avant que toute cette histoire n'intéresse plus personne » Cet ouvrage, au style alerte, se lit aisément et captive chaque lecteur tout en révélant une très forte personnalité : un homme courageux élevé dans une famille résolument républicaine, un patriote amoureux de la France et de sa mission, un prêtre au service de l'Église et des hommes, un philosophe engagé à défendre, en toutes circonstances, la liberté et la dignité de l'homme, un scientifique qui entre au CNRS à 54 ans et soutient une thèse de doctorat neuf ans plus tard, tout en allant célébrer une messe matinale chaque 6 juin à Colleville, au milieu de ses camarades du commando Kieffer, les seuls Français à avoir débarqué le 6 juin 1944 à Ouistreham. Compagnon de la Libération, Juste parmi les Nations et membre du Comité d'Honneur de la LICRA, René de Naurois raconte toute sa vie et tous ses engagements en introduisant le lecteur au cour d'un réseau de personnalités prestigieuses telles que Bruno de Solages, Emmanuel Mounier, Raymond Aron, Paul Nizan, Robert Garric, Philippe Serre et Henri Frenay, le fondateur de « Combat ». De ce livre magnifique, on peut retenir au moins trois éléments essentiels. D'une part, ayant assisté au cours de séjours en Allemagne à la montée brutale du nazisme, René de Naurois témoigne de cette « perversion diabolique », et dénonce l'étrange cécité des gouvernements de la troisième République face au réarmement allemand. D'autre part, après la défaite de 1940, il décide de ne pas rester les bras croisés ; il témoigne des débuts difficiles de la résistance à Toulouse : devenu aumônier du couvent Notre-Dame de la Compassion, il s'engage dans une résistance de tous les instants : sermons « résistants », filières d'évasion, fabrication de faux papiers, passages clandestins vers la frontière suisse, sauvetage de Juifs et de résistants pourchassés. Tout est bon, y compris la lutte armée, car il s'agit d'une guerre juste. Repéré et traqué par la Gestapo, il est alors autorisé par Mgr Saliège à rejoindre la France Libre et, malgré sa santé fragile, il s'engage dans les commandos de marine et débarque en France le 6 juin 1944. Enfin, il apparaît comme celui qui a su informer et préparer les esprits à la nécessité de lutter contre l'hitlérisme, pour la survie de la civilisation. Il a agi comme un véritable catalyseur, c'est-à-dire un élément provoquant une réaction par sa seule présence et ses seules paroles. En effet, sur les six prélats qui ont réagi publiquement et courageusement, en août 1942, contre les déportations des juifs, il y en avait quatre du Sud-Ouest. René de Naurois n'y est sans doute pas pour rien. En conclusion, c'est un livre à lire et à faire lire ; ce n'est pas seulement un témoignage exceptionnel, il donne aussi des paroles d'espérance pour notre XXI° siècle. Jules SOLETCHNIK |