Un
désir fou de danser.
D'
Élie Wiesel
aux éditions du Seuil (Avril 2006)
Le
héros du dernier roman d'Élie Wiesel, un homme
d'une soixantaine d'années, a été persécuté
toute sa vie par un dibbouk, qui, non satisfait de hanter ses
nuits, le rend à moitié fou le jour. Alors, à
contre coeur il décide de passer sur le divan pour exorciser
son mal, et il découvre avec l'aide de son psychanalyste,
qui est la fille de survivants de la shoah, mariée à
un fils de survivants de la shoah, que son dibbouk parasite
sa mémoire, et comme tout bon parasite vit aux dépens
et au détriment de son hôte.
Sa
mémoire, déformée par la présence
du dibbouk, le rend incapable d'aimer et de vivre pleinement
sa vie d'homme, car il rejoue en boucle des scènes de
sa vie où l'amour n'est jamais au rendez-vous. Son mal
c'est ce sentiment de ne pas avoir été aimé
suffisamment, d'avoir été privé de quelque
chose de vital. C'est cette petite voix cachée au fond
de son coeur qui lui chuchote qu'il est incapable d'aimer, le
tuant à petit feu, car comme tout bon parasite, le dibbouk
veut garder son hôte en vie aussi longtemps que possible
afin d'assurer la transmission de sa mémoire morbide
à la génération suivante.
Ce
roman ne plaira pas à tous, car comme notre mémoire,
la narration est en forme de spirale. Le récit est une
vieille toile d'araignée qui s'étire entre New
York et Jérusalem avec des fils qui passent par la France
et la Pologne, la Roumanie et l'Asie. Les souvenirs défilent
et harcèlent le lecteur, qui se demande si le héros
va vraiment accoucher de son mal. Alors après une lecture
assidue d'un tel texte, on peut penser qu'il n'est peut être
pas anodin que Yom HaShoah, la journée officialisée
et ritualisée d'une certaine mémoire juive, se
situe au début de cette période de travail intérieur
appelée Omer, qui se termine avec le don de
la Torah, le jour de Chavouot. En effet, comme notre héros
nous le démontre dans cette aventure, seul un travail
intérieur permet l'épuration de la mémoire
et l'exorcisation des dibbouks parasitaires qui déforment
notre vision du monde et nous empêchent d'aimer, de nous
aimer nous-mêmes assez pour aimer les autres.
N.
Johnson