|
Paracha Vayetse Après s'être enfui de chez ses parents pour ne pas subir la vengeance de son frère Esaü, Jacob arrive chez Lavan, frère de sa mère Rivka, pour qui il travaillera 14 ans pour ses femmes Léa et Ra'hel et 6 ans pour son salaire personnel. Au terme de ces 20 années, l’Eternel s'adresse à lui en ces termes : "retourne sur la terre de tes pères ta terre natale, et je serai avec toi". Alors Yaakov envoya appeler Ra'hel et Léa... et leur dit : "Je vois que votre père ne se comporte plus avec moi comme avant ... vous savez que je l'ai servi de toutes mes fo POURQUOI DES MOTIFS PERSOS ? Ces versets sont pour le moins surprenants. Jacob veut informer ses femmes de leur départ imminent et voici qu'il invoque des raisons personnelles et purement matérielles (votre père 100 fois a changé mon salaire) alors qu'il a reçu un ordre de l’Eternel sans équivoque, et ce n'est qu'à la fin de son exposé qu'il mentionne, presque de façon anodine, l'ordre divin, et qui plus est, au nom de l'ange de l’Eternel alors que le verset mentionne tout simplement "l’Eternel". Rachel et Léa agissent de la même façon, les voilà qui se plaignent aussi du comportement de leur père avant de concéder à écouter la parole divine : "Et maintenant, tout ce que te dira l’Eternel". QUELS SONT LES INTERETS EN JEUX ? Comment nos patriarches, à leur niveau exceptionnel et ayant reçu un ordre explicite, peuvent l'occulter au profit de conflits bassement terre-à-terre ? A première vue, on pourrait l’expliquer ainsi : le verset précédent, le dévoilement de l’Eternel à Jacob, nous relate la tension qui s'est installée chez le beau-père, chez Lavan : "Et il (Yaakov) a entendu les fils de Lavan dire : Yaakov s'est emparé de tout ce qui appartient à notre père et il en a fait toute sa richesse. Et Yaakov vit la face de Lavan et il n'était plus comme auparavant. Et l’Eternel dit à Yaakov retourne... (31/12) Jacob a donc peut-être ressenti l'ordre de l’Eternel comme une réponse à son malaise : il n'y a plus d'espoir avec Lavan, il faut partir, et c'est cette relation de cause à effet qu'il expose à ses femmes et elles lui répondent : nous aussi, nous ressentons cette tension à titre personnel, l'ordre de l’Eternel nous concerne donc aussi directement. DE LA PUDEUR : Cette "pudeur" est un terme qui se rapporte traditionnellement au comportement, à l'habillement ou au langage. On se serait donc attendu à une qualification telle que de l'honnêteté intellectuelle ou de l'humilité afin de ne pas se montrer à un niveau supérieur au sien. ACTE – PAROLE – PENSEE : Les Rabbis modernes nous indiquent que les trois domaines du service divin, l'acte, la parole et la pensée [car elle (la Torah) est très proche de toi, dans ta bouche, dans ton cœur, pour l'accomplir- (Deutéronome 30/14)], se retrouvent tous aussi dans la tséniout ; nous avons donc une dimension nouvelle: la tséniout de l'esprit. C'est qu'il ne s'agit plus seulement d'éviter de se montrer aux yeux des autres, mais également d'une certaine réserve vis-à-vis de soi-même. LA PUDEUR DE L’ESPRIT : La yirat Chamaïm(la crainte révérencieuse de l’Eternel) est comparée à un ustensile très précieux que l'on n'utilise que dans les occasions exceptionnelles de peur qu'il ne se détériore et ne perde de sa valeur. Ne pas mettre en avant, garder caché au fond de soi les pulsions de kedoucha, la sainteté, qui nous animent. C'est là le sens de la "pudeur" de l'esprit qui permet de ne pas les vulgariser, de leur laisser leur authenticité et surtout de ne pas nous bercer d'illusions figeant toute dynamique de progression. C'était là la préoccupation de Jacob et de ses femmes : dissimuler autant que possible leur détermination sans faille à accomplir la parole divine pour ne pas occulter, de façon fictive, les réalités humaines. MOISE ET SA MODESTIE : Nous retrouvons cette idée à propos de Moïse qui n'avait pas été autorisé à pénétrer en terre d’Israël et qui a quand même eut la possibilité de monter sur la montagne de Nébo pour observer le pays. En effet, le célèbre commentateur espagnol Nachmanide explique que de par l'éloignement, la terre n'était pas visible de cette montagne sans l'intervention d'un miracle. Alors, s'il en est ainsi, posons donc la question : pourquoi Moïse dut-il escalader cette montagne ? Le miracle aurait très bien pu avoir lieu à l'endroit où il se trouvait. C'est qu'il fallait, même pour Moïse l'homme le plus humble sur la terre, minimiser ce miracle à portée personnelle autant que faire se peut. Rabbi Michel Liebermann
|