Paracha Berechit
Approche de Rachi du sens du « commencement et les Nations »
Partons du premier célèbre commentaire de Rachi sur Beréchit bara Elohim, Au commencement Dieu avait créé..." « Si la Torah est un livre de lois, elle aurait dû commencer par le livre de l'Exode, la mitsva de sanctifier le premier jour du mois.
Donc pourquoi nous relate-t-elle la création du monde ? demande Rachi. Il répond au nom de rabbi Its'hak en citant un Psaume : « La puissance de Ses actions, il l’a fait connaître à son peuple afin de vo
us remettre l'héritage de peuples' (Ps.111, 6) Et continue Rachi, quand les nations du monde diront à Israël : "vous êtes des brigands car vous avez conquis par la violence les terres des 7 nations (de Canaan)". Les Juifs leur diront : "Toute la terre appartient au Saint Béni soit Il; il l'a créée et l'a donnée à qui est droit à Ses yeux, par Sa volonté Il la leur a donnée et par Sa volonté Il la leur a reprise et nous l'a donnée".
Mais est-ce qu'aujourd'hui cela changerait quelque chose à la face du monde de dire aux autres Nations :"Sachez, la terre d'Israël a été donnée par le Créateur au Peuple d'Israël ?
Quel est donc alors le sens de cette affirmation de Rachi aujourd'hui ? Les peuples se battent encore pour la conquête de cette terre et ce verset est d'une actualité brûlante. Pour comprendre cette affirmation, il est souhaitable que les dirigeants d'Israël et nous-mêmes affirmons notre attachement à la Torah afin que les Nations puissent nous croire. Sinon comment les autres peuples pourraient-ils être amenés à accepter ce que nous ne croyons pas ? D'autre part quel sens cela a-t-il de nous traiter de brigands, puisque de deux choses l'une:
- soit c'est une conquête et comme tous les peuples qui ont conquis et colonisé des terres, les Hébreux ont conquis Canaan, et c'est cet acte qui légitime l’acquisition.
- soit ce n'est pas une conquête et alors comment peut-on affirmer que nous sommes des « brigands » (listim) dans la mesure où ces 7 peuples ont volé la terre d'Israël aux Hébreux.
Les Hébreux menés par Moïse puis par Josué, n'ont fait que reprendre une terre dont ils étaient les héritiers. Par ces questions, nous voyons comment les Nations (et les médias) nous trompent par leur réflexion et leur approche dite "pacifiste" du droit international.
Rachi, au XIe siècle, suivant l'esprit de la Torah, ne s'est pas embourbé dans un développement politique, mais s'est contenté de répondre que c'est l’Eternel qui a créé le monde, qui a instauré un ordre dans la répartition des terres et qui a donné, à nous Israël, ce petit lopin de terre qu'est Israël, curieusement si convoité... Pour les Rabbis, « savoir comment répondre à un hérétique » (Avot 2, 14), s’applique à notre propre édification et non à la sienne. Ces préoccupations ne sont pas de notre responsabilité ! La nôtre est de nous protéger contre les arguments néfastes des nations et de préserver nos convictions. C’est pourquoi, quand la Torah anticipe les accusations futures des Nations et qu’elle leur réplique, la réponse est pour notre propre profit : « Nous devons nous sentir renforcés dans la conviction que la terre est légitimement nôtre ».
Tel est aussi le message du verset affirmant qu’Il a révélé « la puissance de Ses hauts-faits » C’est à Son peuple qu’Il l’a divulguée, et non aux Nations dont Il a confisqué l’héritage pour le transférer à la Sienne ».
Pourquoi alors le Midrash nous dit-il que la Torah devance les futures protestations des Nations ? Même si elles n’avaient jamais élevé d’objection à notre encontre, la Torah n’aurait-elle pas dû nous rassurer à notre propre bénéfice, afin que nous ne pensions pas un seul instant qu’Il nous a incités à perpétrer une injustice? La réponse réside dans la foi naturelle du Juif.
Dans le cours normal des événements, nous n’éprouvons aucune difficulté à accepter l’idée de nos droits sur la Terre d’Israël. Nous reconnaissons le bien-fondé de la Mitsva de le conquérir, de même que nous reconnaissons celui de tous les autres Mitsvot. Cependant, lorsque les Nations, dont certaines sont issues de l’histoire biblique, (se revendiquant des ancêtres communs) nous attaquent avec leurs arguments, un doute germe en notre esprit, et nous nous mettons à vaciller. C’est pour parer à une telle éventualité – et seulement pour cela – que la Torah a dû rassurer le peuple juif sur la justesse de sa possession de la Terre.
Rabbi Michel Liebermann