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Mémoires

Biographie d'Irène NEMIROVSKY

Irène Némirovsky a 26 ans lorsqu'elle écrit son premier roman : « David Golder », et 42 ans lorsqu'elle sera déportée à Auschwitz :la mauvaise fin d'une vie qui avait commencé comme un roman. A Kiev, le berceau de sa famille de banquier, Irène mène la vie des petites filles extrêmement riches de l'époque : hôtel particulier, domestiques, nourrices, toilettes. La famille Némirovsky habite le haut de la ville de Kiev, normalement interdite aux juifs, mais où les Némirovsky, banquiers de la famille impériale, ont eux, le privilège de demeurer. Revers de la médaille, en 1917, la tête du banquier Némirovsky est mise à prix par les soviets. La famille s'enfuit, et se cache à Moscou, dans un appartement où Irène Némirovsky, condamnée à la réclusion, trompe son ennui en lisant. La famille Némirovsky réussit finalement à quitter la Russie, et s'installe en France à la fin de la guerre, après un détour par la Finlande. A Paris, Irène s'inscrit à la Sorbonne, et commence à écrire des contes et des dialogues, dont certains seront publiés, sous pseudonyme, dans les journaux et les revues. La jeune fille s'étourdit de danses et de soirées, jusqu'à sa rencontre avec Michel Epstein, lui aussi fils de banquiers juifs en exil. Les deux jeunes gens se marient.

Et en 1929, elle écrit un roman, « David Golder », une peinture violente et forte de ce qu'elle connaît le mieux : le milieu des banquiers. Elle adresse le manuscrit par la poste à Bernard Grasset, donne une adresse poste restante pour la réponse. Mais lorsque l'éditeur, emballé, cherche à la joindre pour lui signifier que son manuscrit est accepté avec enthousiasme.

Elle ne répond pas, et pour cause :Irène Némirovsky est à la clinique, en train d'accoucher de sa fille Denise. Par les journaux, l'éditeur Bernard Grasset supplie l'auteur de « David Golder » de se faire connaître, et reste tout surpris de voir arriver un jour cette jeune femme frêle et élégante , là où lui attendait un « nouveau Balzac.... » Si Bernard Grasset n'a pas su mettre le bon visage sur l'écriture, il ne s'est pas trompé sur l'essentiel : la valeur de l'écrivain. Les phrases courtes et précises d'Irène Némirovsky, son sens du raccourci, ses dialogues mordants, sa façon de camper des personnages forts et puissants, d'imaginer et de partager avec ses lecteurs des ambiances, des atmosphères, des situations, trouve tout de suite le cour du public, et les faveurs de la critique, surprise de voir une jeune russe maîtriser avec autant de superbe la langue française. Dans la foulée, le cinéma s'empare de « David Golder » et le tourne avec Harry Baur dans le rôle principal. Même triomphe et film aussi, avec Danièle Darrieux pour « le Bal », un livre court et violent qu'Irène Némirovsky a écrit d'un trait, entre deux chapitres de « David Golder » et que Bernard Grasset publie immédiatement avec le même succès. Sept autres romans suivront. Paris fête son nouvel écrivain. Les revues se disputent ses nouvelles, on l'invite, on la courtise : Paul Reboux parle d'une nouvelle Colette, Brasillach d'un style d'une pureté exemplaire. Les premières lois raciales de Vichy et l'Occupation frapperont Irène Némirovsky de plein fouet. Elle et son mari fuient Paris et se réfugient en Saône et Loire. Irène Némirovsky, totalement isolée, désespérée de voir les amis qui l'entouraient lui tourner le dos, de se voir interdite de publication, aura le temps d'écrire « Les Feux de l'Automne », une biographie de Tchékov et de presque terminer l'essai auquel elle travaillait et qui devait s'appeler « La Suite Française ». Seul son éditeur lui rend visite de temps en temps, et soutient financièrement la famille en aidant Irène Némirovsky à publier des nouvelles sous de faux noms. La police française viendra l'arrêter en 1942. Elle sera déportée à Baume-la-Rolande, puis à Auschwitz , où elle mourra un mois plus tard. Son mari lui survivra quelques mois, avant de connaître le même sort. Mais ses deux filles, cachées dans les caves de Bordeaux, survivront à la guerre. L'une, Denise, vit toujours à Toulouse. L'autre, Elisabeth Gille, écrivain elle aussi, est morte du cancer, il y a trois ans, après avoir écrit la vie de sa mère et ses souvenirs d'enfance, dans « Le Mirador ». Aujourd'hui, quatre des livres d'Irène Némirovsky ont été publiés dans la collection Les Cahiers Rouges, chez Grasset, et les éditions Stock viennent de rééditer « le Mirador », d'Elisabeth Gille, ainsi que « Vivement Dimanche », une série de nouvelles inédites d'Irène Némirovsky.

N.Z.

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