Chabbat chalom et Chana tova...
Par Rabbi Michel Liebermann
A vous et à toutes les personnes qui vous sont chères.
Les Juifs du monde entier, les Achkénazim à partir de la semaine précédant Roch Hachanah, et les Séfaradim à partir du début du mois de Eloul, et ce jusqu'après Yom Kippour, récitent les Seli'hot, un ensemble de prières conçues pour nous éveiller à la signification des " Jours redoutables ". Après l’épisode du veau d'or, Moïse a demandé à l’Eternel d'expliquer Son système de liaison avec le monde. La réponse de l’Eternel, connue comme les " Treize attributs de miséricorde ", forme l'essence des Seli'hot :" D.ieu, D.ieu, D.ieu miséricordieux et bienveillant, lent à la colère et plein de bonté et de vérité, Il conserve de la bonté à des milliers, Il supporte le crime la rébellion et le péché, et absoudre, Il n'absoudra pas, Il se souvient du crime des pères sur les fils et sur les petits-enfants, et sur la troisième et sur la quatrième génération " (Exode 34, 6 et 7).
VERS UN CHANGEMENT REEL
Ce qui compte dans la vie est ce qui est significatif et substantiel, et non pas ce qui est illogique et d'une spiritualité superficielle. La vie n'est pas un jeu. Aussi est-il étonnant qu'une grande partie de la liturgie des " Jours redoutables " soit consacrée à des demandes répétées à l’Eternel pour qu'Il Se souvienne en notre faveur des mérites de nos ancêtres, et à l'invocation des « 13 attributs de miséricorde » afin qu'Il nous pardonne. Si toute cette période est consacrée à notre progrès et à notre amélioration, pourquoi cherchons-nous des raccourcis ? Autrement dit, comment pouvons-nous célébrer notre amélioration en demandant pitié ? Ne devrions-nous pas consacrer tout notre temps à la recherche et à l'élaboration de résolutions pour l'avenir, alors que nos prières semblent être entièrement conçues pour nous faire échapper aux conséquences de nos actes ?
De plus, si l’Eternel détient ces « 13 attributs de miséricorde », pourquoi devons-nous les Lui « rappeler » ?
Ne serait-Il charitable que si nous récitons cette prière ? Qu'essayons nous exactement d'accomplir ? Le Tomèr Devora, écrit par Rabbi Moché Cordovéro explique que les « 13 attributs de miséricorde » réveillent certes la pitié divine, mais que leur seule récitation est inefficace. Ce que nous devons, c'est veiller à ce que nos propres actes ; nos propres styles de vie reflètent eux aussi ces attributs.
Le Talmud enseigne, par exemple, que si nous sommes patients envers autrui, alors l’Eternel sera patient envers nous. On ne peut demander à l’Eternel d'employer Ses attributs que si nous les appliquons à nos propres relations avec notre prochain.
PAR LE MERITE DE NOS ANCETRES
Pourquoi mentionnons-nous sans arrêt Abraham, Isaac et Jacob, les patriarches et les matriarches ? Se pourrait-il que nos prières soient plus efficaces à cause de nos ancêtres ?
Nous ne sommes pas seulement les descendants biologiques des patriarches et de leurs épouses, mais aussi leurs héritiers spirituels. Nous devons nous rattacher à leur conduite, à la fois en termes de croyances fondamentales et dans leur comportement quotidien. De même que nos ancêtres étaient des piliers de bonté, de service à l’Eternel et à la vérité, de même ces idéaux doivent-ils également devenir les piliers de notre vie. C'est alors seulement que nous pourrons nous approcher du Tout-puissant et Lui demander de se souvenir de nos ancêtres. C'est comme si nous disions : « Vois-Tu qui j'essaye d'imiter ? Considère mes ancêtres et moi-même dans le même jugement ! »
Examinons par exemple l'empressement mis par Abraham pour la ligature d’Isaac. Il contredisait toutes les valeurs dont il se voulait le défenseur. Voyons maintenant nos propres défis et tout ce que nous tenons pour sacré, et voyons si nous sommes prêts à y renoncer pour nous aligner sur la volonté de l’Eternel.
UNE SENSIBILITE SPIRITUELLE
On peut aller encore plus loin. En énumérant les « 13 attributs », nous nous concentrons sur la nature de l’Eternel, afin de nous rendre compte qu'Il est charitable. Car même si nous le savons déjà, nous ne cessons de l'oublier ! Nous n'avons aucun mal à nous rappeler quels aliments nous donnent de l'indigestion, ou à nous souvenir qu'il faut se tenir à l'écart des plantes vénéneuses. Ainsi, alors que nous avons clairement conscience de l'existence divine et de la profondeur de la Torah, pourquoi les oublions-nous ?
La réponse est que nous n'avons jamais vraiment éprouvé d'indigestion spirituelle. Quand on a absorbé un aliment avarié, on prend garde ensuite à ne pas recommencer, car on sait ce par quoi on est passé. S'agissant en revanche du domaine spirituel, nous pouvons avoir des scrupules de conscience, mais nous n'éprouvons jamais l'entier résultat du péché. Cela tient à ce que, d'une part, nous ne connaissons pas entièrement nos âmes, mais surtout à ce que, dans Sa pitié, l’Eternel ne nous fait pas souffrir immédiatement pour le mal que nous avons commis.
Si c'était " l'attribut de justice " qui prédominait, le pécheur devrait mourir sur-le-champ. Si nous survivons, c'est parce que le Tout-puissant est charitable et qu'Il nous donne une chance de nous repentir. Voilà pourquoi les « 13 attributs » parlent de la « patience divine ». Ce même divin qui nous a créés avec un « compteur à zéro » et une multitude de possibilités, nous en offre d'autres après que nous ayons mal employé les premières. Si nous avons vraiment conscience de ce que signifie le mal, et même si nous semblons tirer profit de nos mauvaises actions, nous pouvons encore nous tourner vers Sa miséricorde et bénéficier de Ses bontés. Alors, ce succès ne nous induira pas en erreur, parce que nous l'aurons accueilli avec humilité : " J'étais grossier envers les autres et je suis néanmoins devenu populaire, parce que l’Eternel est patient et qu'Il m'aime. " Plutôt que d'utiliser nos succès comme une façon de dissimuler la vérité, employons les comme une façon d'apprécier l'amour et l'intimité de l’Eternel.
MARCHONS SUR LES TRACES DE NOS AÏEUX
Tout cela nous ramène aux patriarches et à leurs épouses. Notre destin ne nous appartient pas. Les Juifs ont un destin qui a été mis en branle par nos ancêtres, et nous finirons par l'accomplir. Ce destin est d'être une « Lumière pour les Nations », d'enseigner au monde l'existence divine et la moralité. La seule question est de savoir si ce destin sera facile ou douloureux. Cela explique que la bienveillance et la pitié de l’Eternel apparaissent aussi à un niveau collectif. Quand nous demandons au Tout-puissant de « se souvenir de nos ancêtres », nous nous rappelons que la survie du peuple juif est un résultat de notre destin. Nous survivons grâce à nos ancêtres, et il tient à nous de faire en sorte que nous méritions un destin approprié.
APPEL SOUS FORME DE PRIERE
Pendant les « Jours redoutables », ô Eternel, veille à ce que nous changions et à ce que nous progressions bien plus qu'à aucun autre moment de l'année. Puisses-Tu nous donner la sagesse de nous servir de toutes ces dispositions pour vraiment progresser et changer !
Remercions le Ciel de nous avoir donné l'instrument nous permettant de nous réveiller, de toucher notre sensibilité, de casser nos habitudes et de renverser le courant, afin que le jugement (dine) fasse place à la miséricorde (ra'hamim) devant notre repentir sincère (techouva).