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Fêtes

Quand Pourim rime avec Kippour.
Par Rabbi Michel Liebermann

Pourim est-elle une fête plus sainte que Kippour ? Nous a-t-on enseigné cela à l'école juive ? Et pourtant. Il existe bien une supériorité de Pourim sur Kippour. Un lien étroit unit ces deux fêtes, si différentes et si proches à la fois. Le Talmud enseigne que Chabbat et Yom Tov (jour de fête) sont pour " moitié (consacrés au) spirituel, et pour moitié (consacrés au) matériel. Nous passons une partie de la journée en prière à la choule (spirituel), et l'autre moitié assis en famille pour " élever " un repas, c'est-à-dire pour le déguster en l'honneur de chabbat (matériel). La spiritualité, dans le judaïsme, ne commence pas par la méditation solitaire au sommet d'une montagne, et ne finit pas par des voux d'abstinence concernant tous les plaisirs de ce monde. Pour un juif, la spiritualité c'est bel et bien une lutte pour élever le matériel à un degré où il échappe à toute dimension prosaïque. Nous ne nous séparons pas du monde, nous contribuons par nos actions à son élévation. La veille de chabbat, nous prenons en main la coupe de vin pour faire le kiddouch et sanctifier le chabbat. La spiritualité se découvre dans la cuisine, au bureau, et même dans une chambre à coucher.

La première exception à ce principe : Yom Kippour, jour totalement consacré au spirituel. Nous passons la journée entière à la synagogue, nous jeûnons, nous nous reposons le minimum, nous nous abstenons de toutes relations conjugales.

La seconde exception : Pourim, jour totalement consacré à des activités physiques. Nous mangeons lors d'un "festin", nous nous déguisons, nous rendons visite à des amis, nous nous enivrons. Le Gaon de Vilna enseigne que le mot "Pourim" est compris dans l'expression biblique employée pour kippour : " Yom haki Pourim ". Ce que nous réalisons le jour de Yom Kippour par l'intermédiaire du spirituel, nous l'accomplissons par celle du matériel le jour de Pourim. Ces fêtes sont les deux revers d'une même médaille, les deux facettes d'un même jour.

Plus saint que kippour ? Il est intéressant de noter que l'équilibre entre le spirituel et le matériel préside à la célébration de chacun de ces jours : nous préparons le jeûne de kippour par un repas la veille du 10 tevet, et nous préparons le festin de Pourim par un jeûne, le taanit Esther. Nous pensons tous que Yom Kippour est un jour plus important que Pourim. Mais en fait, Pourim est, dans un sens, encore plus grand. Il est plus aisé d'atteindre la plénitude spirituelle grâce à un jour comme kippour : nous prions et n'avons pas le temps de nous disperser dans les bavardages inutiles ou de nous oublier dans des accès de colère. Par le jeûne, l'esprit parvient à dominer le corps plus facilement. Mais à Pourim, alors que l'ivresse nous plonge dans un état second, il est plus difficile de préserver notre dignité humaine.

Comme Rav Eliahou Kitov l'écrit : " si on atteint la sainteté par la pénitence, est-on plus grand que si on l'atteint dans un état d'ivresse ? Le plus grand des deux est celui qui atteint la sainteté dans un état d'ivresse car c'est à travers des efforts et des difficultés que l'on y parvient. " En ce sens, le challenge de Pourim est supérieur. Traduit littéralement, "Yom haki Pourim" signifie « un jour qui ressemble à Pourim".

Le jardin d'Eden  : D'après la pensée juive traditionnelle, les derniers et seuls êtres humains à avoir perçu le monde dans sa perfection étaient Adam et Eve. Le jardin d'Eden est un monde parfait. Comment se fait-il qu'Adam et Eve aient perdu ce paradis ? En consommant le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Cela les entraîna dans un monde d'illusion, dans lequel la transcendance de l'univers, c'est-à-dire le bien, est masquée par l'élément d'imperfection, c'est-à-dire le mal. Si nous abordons Pourim comme il se doit, au moment où nous atteignons l'état d'ébriété qui nous empêche de faire la différence entre le bien et le mal, nous retrouvons la vision du Gan Eden : la transcendance nous apparaît comme la source de toute réalité physique, révélant sa perfection cachée.

Pourim, à son sommet, est un extrait du jardin d'Eden.  : L'élévation que nous pouvons atteindre à Pourim est inouïe. C'est pourquoi, lorsque nous serons dans les festivités de Pourim et que l'ivresse nous aura envahis, souvenons-nous de cette opportunité extraordinaire !

 

 

 

 

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