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Perte d'un grand sympathisant de l'AJLT
par Jean Abecassis
Un très grand homme et un grand Ami vient de nous quitter : j’entends par là : Victor Azria.
Un homme d'une grande renommée :
Il nous a quitté ce 31 août, pour être enterré ce 1er septembre à Castres, avec les derniers hommages qui lui ont été rendus par une cohue de plusieurs centaines ( je dis bien plusieurs centaines) d’amis connus ou anonymes , accourus, à cette nouvelle, de tout le Sud ouest , voire de bien plus loin, et avec aussi les honneurs justifiés de très nombreux corps constitués ( le Maire en personne y a consacré son après midi, les officiers du 8ème Rpima , déjà endeuillés, sont venus en uniforme d’honneur, diverses représentations d’associations sociales civiles , des mouvements de résistants solidaires,…) , tous milieux où il n’y avait fait que des amis solides et où il avait su si régulièrement se faire tant apprécier.
Sa biographie succincte :
Pour qui ne le connaît pas, plantons ce personnage. Il n’aurait pu être qu’un petit juif indifférencié parmi tant d’autres, simple rapatrié, coiffeur humble et modeste . Il est né il y a 81 ans , à Sousse ( Tunisie), d’une famille pratiquante, ou il y perdit tôt son père. Venu en France en 1956, il s’est alors installé à Castres, toujours comme coiffeur. Gêné par la station debout, il se reconvertira en parfumeur. J’ai toujours admiré le soin avec lequel il s’occupait, avec un immense respect filial et patience, de sa mère alors invalide. Il épousa à Castres une fille en or, du terroir, Lucette, dont l’extrême gentillesse n’égalait que celle de la famille dont elle était issue. Elle lui donna d’abord une fille, Corinne, puis un fils, Patrick.
Malheureusement, Victor et son fils Patrick subirent depuis deux terribles coups du sort. D’abord il perdit son épouse Lucette encore jeune, lors d’une longue maladie, perte dont il ne s’est jamais vraiment remis depuis affectivement, puis, en l’an 2000 et à son tour, son unique fille Corinne, aux immenses qualités morales et de gentillesse ( telle mère, telle fille) et qui fut enlevée brutalement à 33 ans.
Lors de ces deux deuils et déjà, on a pu voir une marée humaine solidaire venir au cimetière lui apporter son soutien et réconfort.
Je l’ai vu revivre à la naissance de son petit fils Simon, actuellement âgé de 9 ans, avec qui il a entretenu des liens fusionnels de « papy ». Diminué par un premier AVC dont il avait très progressivement et partiellement récupéré, Victor vient d’en faire un autre qui lui a été fatal.
L’ami de tous :
C’est par le hasard d’une coupe de cheveux ( le Ciel m’y avait conduit), alors que je faisais mon service obligatoire comme officier du 8ème Rpima, que j’ai eu la si grande chance de le rencontrer en 1969. J’ai tout de suite saisi l’exceptionnelle noblesse d’âme du personnage et nous avions alors aussitôt sympathisé puis lié une solide amitié qui n’a fait , depuis, que se renforcer et perdurer avec les décennies.
Mais, par là, je ne faisais en rien exception : tout le monde qui le rencontrait, et ce, venant de tous milieux, quels qu’ils soient, l’appréciait très vite et tout autant. Il n’a laissé derrière lui que des amis. Je ne l’ai d’ailleurs jamais connu qu’affable et dénué du moindre soupçon d’animosité ou de quelconque ressentiment à l’égard de quiconque. Toujours serviable, voire même conciliateur toujours prêt à réconcilier même les inconciliables. Tout comme, réciproquement, je n’ai jamais eu vent qu’il ait eu d’ennemi. Bien au contraire ! Son nom a toujours brillé comme un phare d’humanisme et d’humanité non seulement dans la ville même de Castres, mais dans tout le Tarn et même au delà. C’est qu’il avait le don d’attirer tout naturellement l’amitié et l’affection, tout comme une lampe attire les insectes…
Le juif bâtisseur :
Derrière ce Sépharade se cachait d’abord une âme née de bâtisseur de synagogue. Nous n’étions alors, sur Castres, que quelques très rares familles de juifs domiciliés ou de passage, juifs que l’on ne pouvait compter que sur une main, voire , (mais avec difficulté et en s’y remettant à plusieurs fois) sur deux mains tout au plus, mais sans jamais alors espérer obtenir un mynian classique de dix hommes sur les seuls habitants de Castres ( Victor étant de culture traditionnelle). Cela ne le découragea pour autant nullement. Et grâce à l’apport venu d’autres villes ( Graulhet, Albi…), nous lui apportâmes, à quelques uns, notre soutien très actif.
Divers offices et festivités occasionnelles ont ainsi pu avoir lieu au cours des décennies, et un office de Kippour a lieu annuellement , régulièrement et sans un manque, réussissant, à l’origine, l’exploit d’exception d’y rassembler plus de juifs en prière que la ville elle même n’en comportait numériquement ! Sont ainsi revenus à la foi des juifs si éloignés..
Laquelle des plus optimiste des autorités religieuses, en corps constitué, oserait –elle même rêver d’un tel score surréaliste de participation à 300, voire plus de 400% de la population juive de la ville ? A Castres, tout y est amical et respectueux. Aucune hostilité n’ y règne.
Mais tout cela, nous le devons prioritairement à Victor, ainsi qu’à son fils Patrick , même s’il est vrai qu’un noyau d’amis les a régulièrement épaulés. J’ai connu des juifs qui, après avoir connu la communauté, ont apprécié leur mutation sur le secteur, connaissant l’hospitalité et la convivialité qu’il y faisait régner , en chef d’orchestre virtuose de l’affection inter-humaine.
Avec son fils Patrick la relève du NOM de Victor AZRIA est assurée par la grande porte d’honneur.
Un homme d'esprit ouvert :
Lorsque, il y a quelques années, nous avions eu besoin, à l’AJLT , en dépannage, d’un séfer torah, Victor n‘a pas hésité un instant, et nous avait prêté le séfer de la synagogue de Castres
( parchemin très ancien et enrichi d’un très long passé). C’est que, pour lui, il n’y a d’abord, parmi les différents juifs, que d’abord des juifs, à respecter comme tels, et que la Tora est d’abord faite pour les hommes, ( et non en dérive inverse comme on le rencontre chez certains parfois)
Un juif qui a su redorer le blason et l’image de notre foi :
Non seulement, Victor a su susciter des amitiés de tous bords, auprès de ceux qui l’ont connus ( * ) mais il a, par là même, su donner au monde environnant qui lui est proche, une image extrêmement positive du juif et du judaïsme, imposant chez les goyim le profond respect . Face à ceux qui prônaient la leçon du mépris , il instillait, sans avoir l’air de rien et efficacement la concorde d’entre les humains et laz leçon de l’estime. C’est là une prouesse que peu d’hommes juifs ont su ou sont capables de réaliser. Et c’est par des hommes comme Victor que se réalisera la promesse faite dans le Deutéronome 4, 6 ( Les peuples verront votre sagesse)
C’est une parure que le souvenir de son enseignement pour tous ceux qui l’ont bien connu
( * ) Il a pu en arriver autrement de ceux qui ne l’ont jamais connu ainsi, en fausse note, mais que j’estime fort grave : Victor, avait fait entière confiance de toujours à ses amis également traditionalistes de Toulouse et de l’ACIT pour son inhumation. Cette inhumation aurait du être tout naturellement d’exception, eu égard au mérite exceptionnel de cet homme.
D’exception , certes, elle l’a été, mais au grand déshonneur du groupe officiellement dépêché. Sous prétexte futile donné d’un autre âge que le carré juif se trouve situé dans un cimetière chrétien avec un enterrement de couples mixtes, la délégation de Toulouse – qui n’est d’ailleurs jamais apparue pour la veillée et si ce n’est qu’en toute extrême minute avant le départ du corps du domicile – a refusé net , sous ce prétexte donné, d’entrer dans le cimetière pour y accéder et faire la hachkabah et le kaddish de mise en terre et d’usage.
Une parodie de cérémonie publique proposée en substitut a donc eu lieu sur le trottoir et porche d’entrée du cimetière sans hachkaba ni kaddish. Toute l’assemblée, toutes les personnalités, goyim inclus, tous non dupes, ont été douloureusement choqués et offusqués d’une telle insulte ostentatoire à la famille et au défunt déposé à l’entrée comme un simple colis de livraison ainsi qu’ à tous ses proches . Fort heureusement, toute la cérémonie a pu être reprise complètement à zéro par les amis de ce saint homme ( hachkaba, kaddich etc…) ainsi qu’un vrai discours d’adieu. Et peut être est-ce mieux finalement ainsi que des intégristes, au comportement totalement étranger au judaïsme se soient défaussés de leur mission, car celle-ci exige un « bar lévav », un cœur pur selon la loi de Moïse ( dont d’ailleurs les deux épouses n’étaient pas juives – ni Tsipora, la fille du prêtre madianite, ni l’égyptienne ) En d’autres temps sinaïtiques, telle myriam, ils auraient été au minimum couverts de lèpre pour avoir osé dire ainsi du mal de la mixité…
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