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Justes parmi les nations et justes en Israël
Par Nanette Johnson

Dimanche 14 janvier 2007 à 17 heures Jules Soletchnik donnera une conférence sur l'Abbé René de Naurois, compagnon de la libération et juste parmi les nations et membre du comité d'honneur de la LICRA. Cette conférence, "Hommage à René de Naurois, un juste parmi les nations", devrait nous amener à une certaine réflexion sur le rôle que les justes parmi les nations ont joué pendant cette période sombre que nous nommons la Shoah. Qui sont-ils et surtout pourquoi ces personnes ont su dépasser les préjugés habituels de l'époque pour venir en aide aux juifs pris au piège infernal d'une idéologie nourrit de siècles d'antisémitisme religieux et laïc ? Quelles qualités retrouvons-nous chez les justes? Posons-nous la question de savoir quel était le discours intérieur qu'ils avaient sur les juifs qui leur a permis de dépasser toute une rhétorique bien ancrée dans la culture européenne.

Les livres d'histoire nous disent qu'avant la guerre le folklore et les medias, l'Eglise et les institutions étaient antisémites, et que le discours courant du français moyen était sinon haineux, du moins peu respectueux de leurs concitoyens israélites. Dans ce contexte, nous ne sommes pas surpris d'apprendre que le sort des juifs importait peu à la majorité des gens, puis nous trouvons ces personnes, comme l'abbé René de Naurois qui ont risqué leur vie pour sauver des vies juives. Quelle est la différence entre ces justes et la personne moyenne? Beaucoup de justes ont dit que ce fut les circonstances qui les amenèrent à agir, qu'une voix intérieure les avait motivé à trouver des solutions à la sauvegarde de ces personnes en danger qui se présentaient devant eux. Chaque juste a agi d'une façon personnelle, mais dans leur narration individuelle ils avaient tous incorporé une certaine notion de la dignité humaine qui fut le moteur derrière leurs actions, et ils véhiculaient tous dans leur manière de se raconter à eux-mêmes une certaine vérité: ils croyaient que l'appartenance à l'humanité leur imposait un respect de la vie et que leurs actions étaient justes. Sans cette croyance, ils n'auraient pas fait ce qu'ils ont fait: sauver la vie de centaines de juifs.

Dans la tradition juive, le juste est celui qui vit en conformité avec la justice et fait pression sur ses coreligionnaires d'en faire autant, et si la justice est un attribut de Dieu tempéré par la miséricorde, l'homme juif est tenu d'agir selon la justice, "La justice, la justice tu poursuivras afin que tu vives et que tu prennes possession de la terre que l'Eternel ton Dieu te donne."(Deut 16,20). Cette croyance en la justice divine fut pendant des siècles la roue de secours du peuple juif, donnant la force aux juifs de surmonter leur douloureux destin, mais après la Shoah, cette roue s'est dégonflée, car la souffrance fut trop grande et surtout totalement incompréhensible dans le contexte de la modernité. Cette notion de justice divine semblait être non seulement un leurre pour beaucoup mais aussi parfois un outil d'oppression dans la main de tyrans.

Le monde occidental a découvert depuis la Shoah que la justice est toute relative et dépend du point de vue de la personne ou du groupe énonciateur, et Jacques Derrida irait jusqu'à dire que cette décomposition de la notion de justice divine fut inscrite dans la conception même de l'idée de justice. Le monde post-Shoah a déconstruit une valeur centrale du judaïsme, mais Dieu n'est pas mort pour les juifs, il a simplement perdu beaucoup de ses attributs y compris la justice et l'omnipotence, et les juifs, toujours plein de ressources, ont tenté de résoudre les tensions qui s'en sont suivies de divers façons. Les tentatives de solution à cette nouvelle condition juive s'appellent le sionisme, l'ultra-orthodoxie et le judaïsme libéral, chacun véhiculant ses propres vérités, chacun essayant de trouver des réponses qui soient en phase avec sa perception du monde, et chacun créant une narration qui donne une validité à leur conception du monde et de la justice. Mais trop souvent la justice est perdue dans ce méli-mélo de mythes, d'idées fortes et de coups de cour, et peut être que la meilleure et la plus simple des façons de s'imprégner de cette belle notion qu'est la justice, est d'entendre raconter l'histoire d'une personne, qui aurait pu être votre voisin, se débattre pour rendre ce monde plus juste.

Alors, venez nombreux écouter l'histoire de l'abbé René de Naurois, juste parmi les nations, et fils du pays de la Garonne.

 

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