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Deracha

DERASHA de Claudine Lacoste-Blicher à l'occasion de Chabbat Terouma :
24 février 2006

La parasha «Tero uma» que nous lisons ce Chabbat introduit une parenthèse dans l'aventure du peuple sorti d'Égypte

Revenons un peu en arrière..
Sauvés par l'Éternel de la main des Égyptiens qui les poursuivaient, les hébreux libérés de l'esclavage doivent désormais apprendre à vivre leur liberté dans un pays inconnu, le désert ; ils se trouvent confrontés au manque d'eau et de nourriture, à l'incertitude du lendemain... Ils récriminent alors contre Moïse qui implore le secours de l'Éternel. Ils ont trouvé de l'eau, reçu la manne et mangé des cailles selon leur faim et à cette occasion ils ont appris à observer le Chabbat. Ils ont ensuite vaincu Amalec qui les avait attaqués.

Alors qu'ils campent dans le désert, Jéthro, le beau père de Moïse lui rend visite amenant avec lui la femme de Moïse et leurs deux fils. Sur les conseils de Jéthro, Moïse organise la hiérarchie des tribunaux pour pouvoir rendre efficacement la justice. C'est donc muni d'une organisation du temps rythmée par le Chabbat et d'une organisation de la justice, que le peuple délivré de l'esclavage s'engage dans le désert du Sinaï et parvient au pied de la montagne où, après 3 jours de purification, il reçoit les « 10 Paroles » auxquelles, impressionné, tout le peuple adhère d'une seule voix.
Moïse leur transmet ensuite une série de préceptes qui devront régir leur vie et là encore , « le peuple entier s'écria d'une seule voix « tout ce qu'a prononcé l'Éternel, nous l'exécuterons » Moïse écrit toutes les paroles de l'Éternel, et le lendemain matin, il érige un autel et 12 stèles pour les 12 tribus d'Israël puis il fait offrir des holocaustes par les jeunes hommes ; il recueille le sang des sacrifices, asperge l'autel avec une moitié et met l'autre en réserve.
Il fait alors lecture au peuple du « livre de l 'Alliance et le peuple dit : « Tout ce qu'a dit l'Éternel, nous le ferons et nous écouterons ». Moïse prend alors l'autre moitié du sang et en asperge le peuple et il dit : « ceci est le sang de l'alliance que l'Éternel a conclu avec vous quant à toutes ces paroles » . Peu après, Moïse qui a remis la charge du peuple aux Anciens, à Hour et Aaron, s'élève sur la montagne comme l'Éternel le lui a demandé.

C'est ici que commence la parasha Terouma. Pendant ses 3 chapitres : 25, 26, 27, nous laissons le peuple pour suivre Moïse.
« L'Éternel parla à Moise en ces termes : « invite les enfants d'Israël à me préparer une offrande de la part de quiconque y sera porté par son cour..et ils me construiront un sanctuaire pour que je réside au milieu d'eux ». Suivent des indications très précises sur la nature des offran des désirées et sur le travail à effec tuer ensuite. Les matériaux : or, argent et cuivre, azur, pourpre, écarlate, lin, poil de chèvre, peaux de béliers teint ée s en rouge, peaux de tarach et bois de chittim , huile pour le luminaire, aromates pour l'huile d'onction et pour la combustion des parfums, pierres de choam et pierres à enchâsser pour l'éphod et pour le pectoral.

Remarquons que minéraux végétaux et animaux, les 3 éléments sont présents. Chaque partie du sanctuaire va être envisagée du plus central au périphérique :
- En premier l'Arche, l'élément le plus important puisque, destiné e à recevoir les tables portant les 10 Paroles, elle demeurera dans le Saint des Saints.
- Puis une table destinée à recevoir en permanence des « pains de proposition »
- Et un candélabre d'or pur avec ses lampes, tout cela selon les plans indiqué s .

On fera ensuite des tentures pour limiter le tabernacle et des agrafes pour les assembler et des solives pour les fixer. Il faut ensuite faire « un voile en étoffe d'azur, de pourpre et d'écarlate , et de lin retors ; on le fabriquera artistement en le damassant de chérubins et tu le suspendras ; et c'est là, dans l'enceinte protégée par le voile que tu feras entrer l'arche du Statut, dans le Saint des S aints » 

Suivent au ch 27 les énumérations des autres pièces a fabriquer :
- L'autel et tous les ustensiles nécessaires aux sacrifices.
- Enfin les piliers et les tentures en lin qui délimiteront le parvis.

De toutes ces énumérations et descriptions il m'a semblé que deux points pouvaient nous concerner plus particulièrement :
- Le premier concerne un détail que nous avons peut -ê tre tendance à oublier et qui figure au verset 2 du Ch 25. Ce serait bien, je crois, si de temps en temps , nous nous sentions portés par notre cour à apporter une offrande pour l'achat d'un autre Sépher Torah : Celui que nous avons est assez usé et surtout beaucoup trop lourd à soulever.
- Mais c'est surtout le voile qui doit fermer le Saint des Saints qui a retenu mon attention : « tu feras un rideau en étoffe d'azur ,de pourpre d'écarlate et de lin retors, on le fabriquera artistement en la damassant de chérubins. » ( ch.26, v.31)

La tradition rapporte que ce rideau était somptueux tant par les matières employées, leurs couleurs , que par la qualité du tissage. Destiné à voiler le Saint des Saints, il le révélait en même temps.
Cela peut vous paraître curieux, mais, à ce moment là, j'ai pensé à notre communauté. Comme ce rideau, elle est faite de personnes très différentes par leur âge, leurs origines, leur culture, leur situation familiale.

Il y a parmi nous des personnes d'origine s épharade qui ont dans leur mémoire le soleil de l'Afrique du nord et des ashkénazes qui ont la nostalgie du Yiddish ; d'autres sont né e s de leur alliance et apprécient à la fois couscous et gefilte fisch. Certains sont nés dans des familles vivant leur judaïsme, d'autres ont découvert leurs racines juives plus ou moins tard dans leur vie. Certains ont aussi choisi de fonder une famille avec une personne non juive. Chacun de nous est tissé d'une mémoire différente.

Parce que nous sommes une communauté libérale, il ne peut y avoir d'uniformité, et cependant il faut une certaine unité, un consensus qui nous permette de vivre ensemble et d'être témoins de cette Alliance que nous avons acceptée, et pour que chacun et chacune puisse progresser dans la voie qui est la sienne faisant ainsi apparaître son damassé original.

Naturellement, cela demande un effort car il n'est pas facile d'accepter les différences sans les accompagner d'un jugement de valeur ; mais si nous les considérons positivement, ces différences peuvent être la source d'une vie communautaire agréable et enrichissante et à laquelle nous aspirons tous.

 

 

 

 

 

 

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