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Intouchée par le travail de l'homme, il faut nuancer ; si l'on s'en tient aux chiffres du texte, et vous me pardonnerez les erreurs d'arrondi, les Hébreux sont environ 600 000 hommes, soit environ 1 200 000 adultes plus les enfants, je vous la fais à 2 - 2,5 millions. Essayez d'imaginer, environ 2,5 fois l'agglomération de notre bonne ville en marche, ou 5 fois Woodstock si vous préférez une autre échelle de mesure, et vous obtiendrez un aperçu des Hébreux en mouvement. Il faut cependant ajouter à tout cela, le menu et le gros bétail et l'on comprend qu'il y ait besoin d'une organisation stricte pour le campement. A titre de comparaison, Rome est supposée être la première cité antique à avoir atteint le million d'habitants, et ceci peu avant le début de l'ère commune ; si l'on revient au contexte de l'Exode, Jéricho l'une des plus importantes cités de la région, est estimée à l'époque à quelques milliers d'âmes, 3 à 5 000 personnes. Le camp des Hébreux serait alors une cité mobile, une ville de tentes, 500 fois plus grande que la plus grande cité de la région ? Alors j'ai un peu de mal à imaginer les Hébreux passer sans marquer la nature de la main de l'homme (plutôt des pieds en l'occurrence ici), "Le désert aride" c'est peut-être après leur passage ? A propos "d'aride", je pense, et je ne crois pas être le seul, que c'est le cas de cette Parasha. D'après la traduction des Septantes, c'est elle qui fournira le titre "Les Nombres" au livre qu'elle introduit, puisqu'on y trouve le résultat du dénombrement par tribus des enfants d'Israël et de leur organisation dans le camp, tout autour de la tente d'assignation et de l'arche d'Alliance. S'ensuit le dénombrement des familles des lévites et de leurs affectations respectives au service de la tente d'assignation. De prime abord, cette succession de chiffres et de noms de familles a du mal à susciter l'inspiration. Pour en revenir au point précédent, on peut se demander pourquoi ce dénombrement à lieu à l'écart de tout autre groupement humain ; une explication évidente pourrait être de simplifier la procédure de dénombrement et d'éviter les erreurs. Etant donné que les chiffres sont finalement largement hors de proportion, je ne crois pas que ce soit dans cette direction qu'il faille chercher ; je pense qu'il s'agit avant tout de se mettre à l'écart et en retrait pour réaliser un bilan et un travail d'introspection. C'est un tel travail que j'ai commencé, il y a plus de 2 ans en constatant mon impossibilité à répondre sur le long terme à la croissance de notre communauté. Depuis 15 ans qu'existe notre communauté, j'ai assuré de nombreux rôles et fonctions, la plupart sans titre particulier. Il y a quelques années, pour répondre avant tout à un besoin pratique, vous, la communauté, m'avez fait un cadeau extraordinaire en me confiant le rôle de Shliach Tzibbour ; traditionnellement le Shliach Tzibbour, "l'envoyé de la communauté", a pour fonction principale de mener la prière. Dans notre contexte, une communauté libérale et sans rabbin résident, cela ne s'est pas limité à ce rôle et il m'a fallu plusieurs années pour découvrir toute la beauté et l'importance de ce qui m'avait été confié. L'an dernier, j'ai finalement décider de changer de carrière pour devenir moi-même rabbin et j'ai donc déposé ma candidature au séminaire rabbinique libéral à Londres, le Leo Baeck College et j'ai reçu la confirmation de mon admission au mois de Mars. Comme la nouvelle du départ de la famille Neiger n'a pu être gardée confidentielle aussi longtemps que je le souhaitais, et que nombre d'entre vous en ont déjà eu vent, alors vous avez compris que je suis en train de vous dire au revoir : je serais absent de Toulouse dès la fin Juin et nous déménagerons pour Londres à la mi Août. Je vous demande de m'excuser de vous annoncer notre départ aussi tardivement, mais cela était assez délicat à organiser, en particulier pour des raisons professionnelles. Sachez seulement que nous avons prévenu le bureau et le conseil d'administration bien assez tôt pour qu'ils puissent s'organiser. Avant de partir pour cette aventure, je souhaitais avoir quelques instants pour vous exprimer ma gratitude. Ce n'est pas tel ou tel dirigeant que je souhaite remercier, mais vous tous, individuellement, et en tant que membres d'un tout qu'est la Communauté Juive Libérale de Toulouse ; vous qui êtes ici ce soir, mais également ceux qui étaient là il y une ou deux semaines, ceux qui sont venus il y a un, deux ou cinq ans, vous tous qui avez accepté de partager une part de votre intimité ou de vos interrogations lors d'une prière ou d'une discussion ; sans vous et sans ces échanges, je n'aurais pas pu prendre conscience de l'opportunité qui m'était présentée et y prendre goût. Aujourd'hui, contrairement à Jonas, je n'ai aucune envie de fuir la petite voix dans ma tête, mais je souhaite plutôt me mettre d'une certaine manière au service de notre prochain et des enfants d'Israël. En dehors de vous, il y a spécifiquement deux personnes que je souhaite remercier. Tout d'abord le rabbin François Garaï ; même s'il n'est venu nous rendre visite que rarement, nous n'aurions pu nous développer comme nous l'avons fait sans son aide, et peut-être notre synagogue n'existerait-elle-même pas. C'est lui qui nous a donné le premier véritable élan et les premières compétences pour passer de l'état "groupe d'intérêt" (Association), à celui de communauté ; c'est lui qui nous a appris à faire nos choix et à donner une identité propre à cette communauté alors que nous ne pensions pas avoir en nous les ressources nécessaires. La seconde, c'est Emmanuel Käs ; si Emmanuel n'avait pas pris sur lui la charge de la communauté, je n'aurais probablement jamais eu la sérénité ni le recul qui m'ont permis de faire de cette "charge" une expérience aussi positive. Il y a aussi, mais là j'ai du couper le paragraphe du brouillon qu'elle a relu hier, il y a aussi Catherine, car elle est là tous les jours pour que je m'appuie sur elle et pour m'accompagner et surtout, elle ne m'a pas envoyé faire un tour du coté d'Azazel quand j'ai commencé à évoquer mes projets. Il y a encore quelqu'un d'important qui m'a amenée sur ce chemin, et je vais profiter qu'elle ne comprends pas encore la porté de ce que je vais dire pour qu'elle n'attrape pas la grosse tête, c'est Sacha, ma petite Jewish Princess, car c'est à chaque instant en la regardant que je sais que nous avons le devoir de participer, d'une manière ou d'une autre, chacun avec ses talents et ses convictions, à construire un monde meilleur. M. Neiger |