DERASHA de Claudine Lacoste Blicher à l'occasion de :
Yom Kippour 5766 / 12 Octobre 2005
En ce dixième jour de tichri 5766 nous voici de nouveau réunis pour vivre ensemble ce jour de jeûne , de prière et de réflexion qui fera de chacun de nous ,demain soir , quelqu'un de nouveau, purifié de ses fautes passées,prêt à vivre avec courage l'année nouvelle.
Depuis Roch Hachanah nous préparons ce jour ; en fait depuis plus longtemps même car les lectures chabbatiques nous rappellent depuis des semaines quelle devrait être notre conduite, quelles sont nos responsabilités.
Nous sommes nombreux ce soir, c'est que nous sommes conscients de la gravité de notre démarche: c'est une question de vie ou de mort pour chacun de nous, pour le peuple juif, pour l'humanité.
Ensemble, nous avons écouté le chant du « Kol nidré » ce chant solennel qui ouvre rituellement, chaque année, les prières de ce jour, dont nul n'est exclu même s'il a gravement transgressé. Cette proclamation, écrite en araméen, date de l'empire byzantin, temps où les juifs qui pratiquaient leur religion, le faisaient au péril de leur vie, et se voyaient parfois obligés à des serments qu'ils ne tenaient pas vraiment.
Ces circonstances ayant perduré au long des siècles, la déclaration fut conservée pour dégager de leur parole ceux qui avaient dû, pour sauver leur vie, prêter des serments qui n'étaient pas conformes à leur volonté. Comme chaque année, les prières , les lectures, les chants, viennent nous replonger dans l'histoire
- histoire du peuple juif... si souvent dramatique
- histoire de l'alliance. dont nous sommes devenus témoins et à la lumière de cette alliance, notre propre histoire aussi.
La question est : « De cette vie qui m'a été donnée, quel chemin ai-je parcouru ? » où en suis-je? Mais aussi question collective : De ce monde que l'Eternel nous a donné, qu'avons nous fait?
Et c'est à la 1ére personne du pluriel que nous confesserons nos fautes; nous sommes co-responsables du monde
Chaque année ,les mêmes questions reviennent ; avec bonne volonté, nous réfléchissons, nous nous repentons de nos infidélités, nous essayons de réparer ce qu'il est possible de réparer , nous prenons des résolutions. Et repris dans la vie de tous les jours, dans un monde qui ne favorise pas le recueillement et dont les valeurs morales sont de plus en plus absentes, nous nous trouvons à cet instant souvent déçus du chemin parcouru.
Le risque est grand alors de se décourager, et c'est là qu'est le piège, car revenir sur le passé n'a de sens que si cela me mène à une conversion, à reprendre mon chemin vers D.ieu pour accomplir ce qu'Il attend de moi.
En effet, il est écrit « écartes-toi du mal et fait le bien » mais ce n'est pas facile car malgré les progrès de la civilisation, le monde dans lequel nous vivons a toujours ses idoles devant lesquelles nous nous trouvons impuissants. Impuissants aussi dans ce monde qui s'étend chaque jour, où les frontières tombent les unes après les autres, où le spectacle des catastrophes naturelles et les attentats qui se déroulent à l'autre bout du monde s'imposent à nous.
Et puis nous avons tant à faire et le temps passe si vite. La nuit succède au jour et le jour à la nuit et l'année s'enfuit. Mais si nous ne pouvons rien à l'écoulement du temps, l'instant que nous vivons nous appartient et c'est notre liberté de le vivre dans le pessimisme ou dans un dynamisme réfléchi.
« Vois, je te propose en ce jour la vie avec le bien, la mort avec le mal. Choisis la vie »(deut. 30) Chacun de nous est un être unique à une place unique et c'est là, dans le monde où il vit qu'il a un rôle unique à jouer; s'il ne le fait pas, cela manquera. c'est vrai pour toute communauté, le couple, la famille, les associations.
Prendre notre place, mais aussi laisser à l'autre, quel qu'il soit, homme, femme, enfant, et quel que soit son âge, la place qui lui revient, peut être même l'encourager, l'aider à prendre cette place, ce serait déjà dans notre monde en mutation, réaliser la demande: « La justice, la justice tu poursuivras ». Et lucidement le texte ajoute plus loin : « soyez forts et courageux »
C. Lacoste-Blicher