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Deracha

DERASHA de Claudine Lacoste Blicher à l'occasion de :
Yom Kippour 5765 / 25 SEP 2004

En ce début de Yom Kippour, dernier de ces 10 « jours redoutables » commencés à Roch Hachanah, nous voici réunis pour vivre ensemble ce temps de réflexion, de prière et de jeûne.

Au seuil de la nouvelle année, une halte nous est proposée pour examiner la façon dont nous avons vécu l'année écoulée, nous repentir de nos péchés, réparer ce qui peut l'être et après ce retour sur nous-même, nous tourner vers l'avenir avec la résolution de revenir à D.
Ce jour est aussi appelé «Chabbat des Chabbats», et cependant c'est un jour de jeûne et, de tous les jours de jeûne, c'est le seul à n'être jamais remis s'il coïncide avec un chabbat, ce qui est le cas aujourd'hui.
Ce soir, notre office s'est ouvert par le « Kol nidré », ce chant solennel qui ouvre rituellement, chaque année, les prières de ce jour dont nul n'est exclu même s'il a gravement transgressé.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, ce chant n'est pas une prière mais une déclaration solennelle que sont désormais sans valeur les voux et les promesses inconsidérés que nous avons faits depuis le dernier Kippour et que nous n'avons pas accomplis. Cette proclamation, écrite en araméen date de l'empire byzantin, temps où les juifs qui pratiquaient leur religion le faisaient au péril de leur vie et se voyaient parfois obligés à des serments qu'ils ne tenaient pas vraiment. Ces circonstances ayant perduré tout au long des siècles, la déclaration fut conservée pour dégager de leur parole ceux qui avaient dû, pour sauver leur vie , prêter des serments qui n'étaient pas conformes à leur volonté.

La suite des prières, des lectures et des chants qui composent les offices de ce jour reprennent  les thèmes des « selihot » prières quotidiennes qui, depuis plus de dix jours, nous amènent à des sentiments de piété, de repentir et de confiance.

On ne peut séparer Kippour de Roch Hachanah :

A Roch Hachana, nous reconnaissons D. comme notre père et notre roi, affirmant ainsi nos liens avec Lui, nous examinons notre vie à la lumière de l'Alliance que Moïse nous rappelle dans les lectures de la Torah de ces dernières semaines; nous voyons alors nos faiblesses nos manquements plus ou moins graves, plus ou moins réfléchis.

Nous nous repentons de nos péchés et nous en demandons pardon.

Il est à remarquer que presque tous les commandements nous étant donnés à la 2ème personne du singulier, c'est ensemble que, plusieurs fois dans la journée, nous allons confesser nos péchés à la première personne du pluriel, chacun de nous s'accusant de tous les péchés, même de ceux qu'il n'a pas commis. Au chapitre 19 du Lévitique, nous pouvons lire: « reprends ton prochain et tu n'assumeras pas de péché à cause de lui » ; nous sommes donc en partie responsables du péché d'autrui. Il faut aussi remarquer que, contrairement à ce que nous pensons d'ordinaire, la Torah nous tient aussi pour responsable des péchés commis «  par mégarde » ou « par inadvertance »

Nous confessons donc nos péchés, nous disons notre repentir et, confiants en l' amour de D.., nous lui demandons de nous purifier et de nous inscrire dans le Livre de Vie. C'est dans cette perspective que nous nous retrouvons en ce jour de Kippour, confiants dans le fait que si notre démarche est sincère, nous serons purifiés, retrouvant ainsi notre intégrité, ayant refait nos âmes.

Bien sûr, c'est beaucoup, dit le rabbin Adin Steinsaltz , mais la techouva qui nous est demandée en ce jour est plus qu'une démarche de la vie intérieure, car le péché s'inscrit également dans la réalité objective. La téchouva dépasse le problème du péché, du jugement que chacun porte sur ce qu'il a fait ou omis de faire. « Le véritable problème de l'homme, ce n'est pas de comptabiliser ses fautes, c'est de connaître le lieu où il se trouve dans la trame de son histoire »

A Yom Kippour, au delà du bilan de l'année, du repentir relatif à telle ou telle action, la vraie question qui se pose à chacun, c'est: où en es-tu  dans ta vie ? qui es-tu devenu ?
Un des inconvénients du retour régulier de cette démarche de Kippour, c'est que chaque année, nous prenons des résolutions, puis nous sommes repris par le cours de nos occupations, et au bout de l'an, nous avons parfois l'impression de revenir à la case « départ », tels que nous étions l'an passé. Des difficultés de toutes sortes, proches ou lointaines surgissent chaque jour dans un monde étendu désormais aux dimensions de la planète et notre histoire comporte tant de moments terribles que parfois nous sommes abattus car nous nous sentons impuissants...

Et il est vrai que seuls nous ne pouvons rien, du moins semble-t-il.
Nous oublions alors que chacun de nous est un être unique, unique par son héritage chromosomique, unique par son histoire. Qu'avec chaque être humain vient au monde quelqu'un qui n'a jamais existé et qui a donc quelque chose d'unique à lui apporter. S'il ne le fait pas, cela manquera. L'un peut être fait pour la prière, l'autre pour l'étude, l'autre encore pour l'action..

En partageant leurs questions et leurs réponses , ils progressent tous, chacun sur leur chemin. La solitude, nous le savons, peut être mortelle. S'écouter soi même, apprendre à se dire les choses, à écouter les autres pour que chacun puisse prendre sa place et partager avec d'autres ses connaissances et ses projets, que ce soit dans nos familles ou dans nos communautés, cela pourrait sans doute nous permettre de changer un peu le monde. de changer la vie.

Il ne suffit pas de ne pas faire le mal, il faut aussi agir.

C. Lacoste-Blicher

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