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Deracha

DERASHA de Jonathan SERROR - 8 novembre 2003

Lekh Lekha !  

Part pour toi ou Va vers toi même ! Quel programme !

J'ai la délicate mission de commenter une parasha fondamentale pour le judaïsme. Cette parasha traite un point essentiel , le monothéisme , qui deviendra par la suite l'un des fondements universels de l' humanité.Le judaïsme , le christianisme, et l'islam représentent aujourd'hui l'ensemble du monothéisme biblique.

Voici le résumé de la Paracha  :

D.ieu dit à Abram de partir de son pays natal et d'aller au pays que l'Eternel lui montrerait. Dieu promet à Abram de préserver un pays pour lui et ses descendants, et Abram deviendra le père d'une grande nation. Abram et sa famille, sa femme Saraï et son neveu Loth, voyagent de Harân à Canaan. Pendant son voyage, Abram érige un autel à Dieu dans la Plaine de Môré.

En Canaan, une famine force Abram à se diriger vers l'Egypte. Abram déclare alors que Saraï est sa sour et non sa femme : elle est amenée au palais de Pharaon. Abram tire profit de cette duplicité, mais Dieu afflige Pharaon de plaies. Pharaon renvoie d'Egypte Abram, sa femme, et toute sa famille.

Abram et son neveu Loth font paître leurs troupeaux ensemble, mais le terrain ne peut pas subvenir aux besoins des deux. Loth choisit d'habiter la plaine du Jourdain, tandis qu'Abram reste dans le pays de Canaan. Au cours d'une guerre, Loth est pris comme otage. Abram et sa suite poursuivent les ravisseurs et libèrent Loth.

D.ieu apparaît à Abram et lui promet à nouveau une descendance et une terre. Cette alliance est confirmée lorsqu'Abram offre un sacrifice à l'Eternel. A ce moment-là, Dieu prédit l'esclavage des Hébreux en Egypte. Saraï, qui ne pouvait pas avoir d'enfant, donne sa servante Agar à Abram comme concubine. Agar donne naissance à Ismaël. Dieu renouvelle son alliance avec Abram, mais cette fois, il oblige Abram, et tous les mâles de sa maison, à être circoncis comme symbole de l'Alliance. A la fin de la paracha, l'Eternel change le nom d'Abram en Abraham et le nom de Saraï en Sara .

On le voit, cette paracha est très riche et les thèmes abordés sont nombreux :
-Le premier est la circoncision  : Il nous parle de la relation entre le religieux et le divin.
- Ensuite c'est la relation à la terre et à la nation  :Elle est abordée quand Abram à la tête de sa tribu, va s'installer dans un village nommé Salem qui deviendra plus tard Jérusalem.
-Nous poursuivons par le don de soi : C'est l'épisode entre Saraï qui ne peut avoir d'enfant et qui pousse Agar vers Abram.
-Par la suite , c'est la lutte entre le bien et le mal : Loth étant représenté comme le mauvais penchant de l'homme et Avram le bon penchant.
Je terminerai par la remise en question. C'est de ce dernier thème dont j'ai choisi de vous parler.

L'entrée en matière est brutale, car Dieu ordonne à Abram:
"Pars pour toi de ton pays, de ton lieu de naissance et de la maison de ton père".
Comme il est écrit dans le chapitre 12 verset 1 de la genèse, l'Éternel dit à Abram : « Va vers toi hors de ton pays, de ta patrie et de la maison paternelle, vers le pays que je t'indiquerai »
Évidemment, à chaque fois que la Torah donne des précisions, les commentateurs s'étonnent, notamment de l'ordre des mots. Avram, si l'on refait son parcours géographique.
- partira d'abord de la maison de son père,
- quittera sa ville natale
- et enfin quittera son pays d'origine.

C'est l'ordre logique. Et pourtant, la Torah choisit l'ordre inverse : de lui faire d'abord quitter le pays, ensuite la ville natale et enfin de la maison de son père ! Ainsi, Avram a été choisi par Dieu pour initier la longue histoire du peuple juif. Pour commencer cette nouvelle histoire , il doit repartir à zéro . Mais pour repartir à zéro, Avram doit se défaire de toutes ses habitudes et coutumes passées. Il doit désapprendre son ancienne vie , il doit d'abord oublier son pays et ses coutumes. Mais, plus difficile, il doit faire abstraction de l'attachement qu'il a forcément pour sa terre natale.

Le plus dur, c'est de quitter ses habitudes les plus profondes, sa culture. Avram doit quitter tout cela, s'il veut pouvoir être le père du peuple juif. Voilà pourquoi la Torah inverse l'ordre logique des choses.
1. Cela nous indique que toute l'histoire d'Avram est une ère créative mais, bien plus, elle est de la même nature que la Création elle-même. Avraham recrée le monde.
Plus largement, le changement de nom de Abram en Abraham qui signifie père d'une multitude de nations, est une métamorphose de l'individuel vers l'universel. Abraham est bien le point de départ du monothéisme avec toutes les composantes qui ont suivi.
2. Quitter ses proches quand cela est nécessaire.

Avram a 75 ans quand il quitte son père Téra'h qui en a 145. Comme le dit la Torah, Avram a participé à ce monde d'idolâtrie , de sciences, de grandeurs et d'erreurs et, pour aller vers lui-même, afin de se trouver vraiment, il quitte ses parents, sa famille, sa patrie, sa terre et sa culture.
Mais ce n'est pas lui qui l'a décidé, il en a reçu la proposition. Dans les choix de vie, nous ne sommes pas seuls. Il faut savoir dépister les confusions et les erreurs puis faire des choix. Nos textes disent alors que celui qui ne fait pas le choix d'aller vers la vie et reste dans la médiocrité et l'erreur  est considéré comme mort, alors qu'il semble vivre, être heureux et riche. C'est un homme sans «  néchama » , sans âme .
Ici, nous voyons apparaître la notion de libre arbitre. l'homme est entre la perfection et l'insuffisance. Détenant, ainsi le moyen d'atteindre la perfection, l'homme agit en liberté , selon sa propre volonté.
Il ne s'agit nullement de mépriser les autres, il s'agit d'aller vers le meilleur de soi-même . C'est toute une éducation qui peut me donner progressivement le sens de mes choix, le courage de les faire sans jamais mépriser les autres. Et de m'interroger toujours sur l'orientation de mes propres choix de vie.

En ce jour.
je peux faire le parallèle avec Abraham. Comme lui , je change de statut. je quitte le monde de l'enfance et je deviens Bar Mitzvah. C'est le point de départ vers un nouveau monde celui des adultes. Un monde de droits et de devoirs. Comme Abraham, au cours de mon initiation j'aurai à faire des choix ; et la justification de ces choix se fera en fonction , de mes connaissances, de mes lectures, de mes amis, de mes rencontres du moment, et j'espère, comme Abraham, qu'une voix intérieure me guidera vers la sagesse et la détermination.

Lors de mes recherches sur cette parasha, je suis tombé sur la profession de foi d'Albert Einstein. Voici ce qu'il écrivait en 1933:
« La poursuite de la connaissance comme une fin en soi, un amour presque fanatique de la justice et le désir d'indépendance personnelle. Tels sont les traits de la tradition juive qui font que je remercie mon destin d'avoir fait que je lui appartienne.
Ceux qui se déchaînent aujourd'hui contre les idéaux de raison et de liberté individuelle, ceux là reconnaissent à juste titre en nous des adversaires irréductibles. Mais tant que nous demeurerons les serviteurs dévoués de la vérité, de la justice, de la liberté, nous continuerons non seulement à survivre comme le plus ancien des peuples vivants, mais aussi à fournir par notre travail créateur, les fruits qui contribueront à l'éblouissement de la race humaine »

En conclusion :

Nous pouvons remarquer le fil conducteur qui commence à Abraham, qui traverse le temps pour arriver jusqu'à nous; c'est cette tradition qui pousse les hommes à se révolter face aux injustices et à l'obscurantisme de tout ordre.

Je fais et ferai partie de cette mémoire que je le veuille ou non, car mon futur n'existe pas sans mon présent, lui même porteur du passé. Mon passé, ce sont mes racines familiales avec les différentes histoires de mes grands-parents qui se sont déroulées de l'autre coté de la méditerranée; des histoires faites de joies, de souffrances et de déchirements. Comme pour beaucoup dans cette assemblée .

Mon présent, nous y sommes. Et, nous nous trouvons dans une synagogue libérale. Elle représente l'ouverture vers l'autre et sur le monde, pour être en adéquation avec son temps.

Mon futur sera obligatoirement une conséquence de ce tronc commun de valeurs.

Aussi je suis fier d'être un des maillons de cette chaîne ininterrompue qui commence à Abraham et qui se prolongera jusqu'à l'arrivée du Messie. C'est à dire quand l'homme fera le choix d'aller vers le meilleur de lui même  «  Lekh Lekha  ».

Remerciements

Je remercie tous d'abord Catherine ,Zev, et Marc qui m'ont dirigé pour l'apprentissage de l'hébreu et de l'histoire juive durant plusieurs années , et au-delà, je remercie la communauté juive libérale de Toulouse de m'avoir ouvert les portes de la Bar Mitzvah.

Je remercie Papi Jean pour le Taleth et les Téfilins

Je remercie Mamie Lulu qui m'a fait découvrir le Judaïsme par les belles et bonnes tables chargées d'odeurs et d'épices du vendredi soir. Eh oui! , je suis gourmand.

Je remercie Mamie Michelle et Papi Loulou de m'avoir laissé faire mon choix sans porter de jugement. Surtout connaissant les idées de Papi sur les religions.

Je remercie mes arrières grand- mères qui m'ont soutenu et encouragé.

Je remercie mes parents et ma sour qui m'ont secondé et motivé pour être face à vous en pleine confiance.

Je remercie enfin toute ma famille et nos amis d'être ici présents pour ce jour solennel.

 

Jonathan Seror

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