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Deracha

Derasha de Rachel Haziza - 17 juillet 2004

Mon commentaire, la prière...

Chers amis ! Au risque de vous décevoir, ma derasha ne portera pas sur MATTOT : Trop de guerres, d'histoires de butin et de colère. Par contre, depuis que j'assiste aux offices, je me demande : Qu'est ce que la prière ?Prions-nous pour apaiser nos angoisses existentielles ? Comment prions-nous ? Et savons-nous prier ? Voilà quelques réflexions que j'aimerai partager avec vous.

1) qu'est-ce que prier ?

D'après la définition du Larousse : c'est « COMMUNIQUER avec D.IEU » Mais en hébreu prière se dit : TEFILAH de la racine « penser », « intercéder », « juger » et prier se dit : « LE HITPALEL » SE JUGER, donc faire retour sur soi » ainsi, la prière juive est davantage qu'une simple « communication avec D.ieu », elle nous aide à faire connaissance avec nous-même.

2) Depuis quand prions-nous ?

Quelle question ? Depuis les premiers balbutiements de l'homme ! A l'époque du Temple de Jérusalem, le peuple apportait des sacrifices et se présentait au Temple pour les convocations des fêtes de pèlerinages. Après la destruction du 1er Temple en -586 et l'Exil à Babylone, le peuple est dispersé et la PRIERE communautaire à la synagogue remplace alors les sacrifices. Mais après la destruction du 2ème Temple en 70 de notre ère les rabbins définissent les règles de l'office appelé « AVODA CHE BA LEV » : l'office du cour. Le Psaume 26,8 dit : « Je ne demande de votre part ni sacrifices ni offrandes mais des paroles » Alors quels sont les avantages de la prière sur les sacrifices ?

La prière est universelle et n'est pas liée à un endroit particulier. Même un pauvre peut l'offrir à D.ieu. Elle n'a pas besoin d'intermédiaire (alors que seuls les Cohanim étaient chargés des sacrifices) et elle s'adresse à D.ieu directement. L'humanité d'aujourd'hui est dans l'angoisse et éprouve la NECESSITE de REAPPRENDRE à prier. Chaque matin à Chaharit nous commençons la journée le cour rempli de gratitude pour la force de vie que D.ieu nous permet de retrouver à notre réveil, c'est un élan joyeux Avant la fin de la journée, à Minhah nous rendons compte à D.ieu de notre activité, c'est un austère examen de conscience. Mais le soir, à Arvit, quand arrive la nuit, nous prions à nouveau afin que la Miséricorde nous prenne sous sa garde jusqu'au lendemain, nous avons confiance. Bien sûr, je ne vais pas vous parler du déroulement des offices, d'une part ce serait trop long d'autre part vous le connaissez j'en suis sûre, mais j'aimerais m'attarder plutôt sur deux prières... particulièrement fortes : le « Shema Israël » et la « Amidah. »

Le Shema constitue « le noyau dur » de la prière, la profession de foi (d'abord en hébreu) « Ecoute Israël, Eternel notre D.ieu, l'Eternel est UN ». Il affirme le principe du monothéisme juif, l'amour de D.ieu et l'enseignement : D.ieu nous donne l'ordre de mettre ce précepte sur notre « cour, de le répéter et de l'enseigner » Mais plutôt qu'une prière, le Shema est une lecture quotidienne des 3 chapitres de la Torah qui nous rappellent que nous devons nous conduire en Juif à tout instant de la journée, dans chaque situation et en tout lieu.

La 2ème prière forte est LA AMIDAH : ETRE DEBOUT. Ce nom provient de la posture adoptée par le fidèle qui exprime ce sentiment intérieur : il est face à D.ieu. La Amidah comporte 19 bénédictions, elles étaient initialement 18, d'où l'autre nom usuel de cette prière : « Chemoné Esré, (les 18) ». On l'appelle aussi Téphila (prière, tiens tiens ! ! ! ! ou Bakacha (supplication). C'est vraiment une rencontre intime avec D.ieu. Comment réaliser cette rencontre ?

3) Les sages enseignaient :

« Il ne faut pas prier dans des conditions préétablies ou faire de la prière un exercice de routine car cela revenait à nier à la fois son objet et son effet » Selon Maïmonide : « Prier sans dévotion revient à ne pas prier du tout » c'est trop dur à mon avis ; peut-être que les hommes de notre siècle ne savent plus prier et que, victime d'une culture éloignée de D.ieu, la PRIERE est tombée au niveau d'un acte purement ROUTINIER, non compris, sans ferveur. Certes C'est avec le cour que l'on doit prier, avec KAVANA, c'est-à-dire « avec intention, avec ferveur », il faut retirer de sa pensée toute préoccupation, être présent aux mots que l'on dit (donc les comprendre), être présent aux sentiments portés par les mots. Cependant, que penser alors de la citation d'Alfred de Vigny : « Gémir, pleurer et prier est également lâche » ?

4) Je me suis souvenue ...

des actualités à la télévision au moment des cérémonies concernant le débarquement en Normandie, un allemand racontait l'horreur, il a dit " J'ai CRIE et j'ai PRIE " était-il lâche alors ? Les parents auprès de leur enfant qui va mourir, s'ils crient vers D.ieu pour demander un secours du fond de leur détresse, est-ce de la lâcheté ? Jacob angoissé appelant D.ieu au secours avant de rencontrer son frère Esaü est-il lâche ? Moïse criant " ô Seigneur, guéris la " pour demander la guérison de Myriam, le grand Moshé est-il lâche ? NON, NON et NON, il y a des prières de gratitude, des prières d'hommages, des prières de louanges, mais il n'est pas défendu de demander la consolation. Et que faisons nous dans la Amidah appelée aussi " Bakacha c'est-à-dire supplication " si ce n'est demander diverses délivrances individuelles et collectives ?

5) Aurions-nous besoin de la prière ?

Ca dépend des personnes. N'est ce pas étrange que nous assistons, en ce moment, à des pratiques dans des cours de méditation et de connaissance de soi qui sont en réalité une recherche d'aide. Pour moi, je pense que ces personnes démunies ont besoin de prier, de s'adresser à quelque chose de supérieur.

Le danger possible est de se raccrocher à n'importe quoi ou à n'importe qui et de tomber dans l'idolâtrie d'où le développement des sectes dans notre monde. C'est un danger auquel nous, Juifs, échappons et j'en suis convaincue grâce à nos commandements ! Je pense que la prière apporte à l'Homme un énorme réconfort, une force mentale incroyable et une confiance et comme je l'avais dit dans la prière on se juge et on fait un retour sur soi-même. Oui, l'Homme a besoin de prier, comment prier ?

6) Faut-il prier seul ou en communauté ?

Quelle que soit la prière, même isolée, elle parvient à D.ieu. « Dans l'assemblée bénissez D.ieu », ce verset nous recommande de prier en commun. L'officiant est le délégué de la communauté, il récite la prière à haute voix, en chantant et doit comprendre ce qu'il dit et à quelques exceptions près, nos prières sont identiques dans toutes les communautés juives du monde entier. Bien sûr quand nous sommes seuls, nous n'oublions pas les bénédictions qui accompagnent nos actes quotidiens : sur la mézouza, sur le lavage des mains, à Chabbat (prière sur le pain et du vin)...

7) Ainsi, la prière est une façon d'être en contact avec D.ieu.

C'est une manière de communiquer avec Lui. Quand nous prions nous sommes reliés à nos ancêtres, rappelez vous la Amidah : « Béni sois-Tu Eternel notre D.ieu et Dieu de nos ancêtres etc..). Abraham fut le premier à proclamer D.ieu comme D.ieu personnel. C'est Abraham qui institua le nom de « ADON » c'est à dire « maître de notre vie et de notre destinée », C'est Abraham qui a appris aux hommes à aimer D.ieu comme « notre père et notre libérateur » C'est Abraham qui a prié pour la première fois ; d'ailleurs, selon la tradition, la prière du matin est associée à Abraham, elle nousrappelle que D.ieu est Amour, alors que dans la prière de l'après midi, D.ieu est Justice à travers Isaac, et dans la prière du soir D.ieu est Miséricorde à travers Jacob. Et oui, c'est pour cela que nous avons trois patriarches ! ! ! ! Dans nos prières, nous nous enveloppons dans le Talith, nous nous inclinons, nous soulevons les talons, nous couvrons nos yeux, nous tournons la tête à droite, à gauche et devant nous, nous promenons la Torah dans la synagogue et à Simha Torah nous dansons avec elle, est-ce que nous sommes conscients que nous faisons ces gestes au début " inconsciemment" ?Et c'est petit à petit que nous entrons dans la prière. Elle commence sans que l'on s'en rende compte avec CHACUN DE NOUS : il y a un temps de préparation, certains ferment les yeux créant une posture de méditation, d'autres chantonnent ou lisent des psaumes, chacun trouve sa voie vers la prière et petit à petit nous sommes DANS la prière avec les mots et le rituel qui dure depuis des siècles.

Après cette préparation nous sommes conscients du passé, de ceux qui ont dit les mêmes mots, dansé les mêmes danses. Le « Baroukh » prend à présent sa signification, dans le « Shema » nous ne couvrons pas seulement les yeux mais nous sommes AVEC les autres, avec la collectivité, et puis quand la « Amidah » éclate : « Seigneur ouvre mes lèvres et ma bouche publiera ta louange » c'est une prière personnelle, individuelle à D.ieu., enfin la Torah passe parmi nous et nous emplit de compassion et d'amour et nous invite à danser avec elle à Simha Torah. Je suis convaincue maintenant que tous les Hommes ont besoin de prier et prient parfois sans le savoir !

Et comme le dit si bien Hannah Senesh vous connaissez ? la résistante parachutée derrière les lignes allemandes pour porter secours aux communautés juives de Hongrie, et exécutée par les nazis, elle écrivait des poèmes dont le plus connu est la chanson : Eli eli chélo yigamer léolam ahol véaya....

Mon D.ieu, mon D.ieu
Que cela ne finisse jamais
Le sable et la mer
Le bruit de l'eau
L'éclat du ciel
La prière de l'homme


R. Haziza

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