Prochaine conférence sur "La Cabale" le mardi 2 mars à 20H30...
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Synagogue de la rue du Colonel Driant

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"IGERET LIKHVOD CHABBAT"Lettre de chabbat n°5769-36
Par Rabbi Michel Liebermann

Chabbat Balak
trorah

Contexte de notre paracha : Alors qu'Israël campe face aux plaines de Moab, le roi de Moab, dénommé Balak, prend peur de la présence de ce peuple. Il fait donc appel à Bala'am le prophète, pour que celui-ci maudisse Moïse et les siens. Cependant, alors que Bala'am s'apprête à déverser ses paroles de malédiction, ce sont des mots de bénédictions qui sortent de sa bouche. L'Eternel transforme la malédiction en bénédiction.
C'est donc sur la paracha Balak que nous allons nous arrêter. Après 40 années passées dans le désert, le peuple Hébreu est enfin prêt à entrer en Israël. Balak, roi de Moav, bien que son pays ne soit pas concerné, désire s'opposer à l'entrée du peuple juif. Il loue à cet effet les services du prophète Bala’am, afin de maudire le peuple juif. Bien que le pouvoir des malédictions de Bala’am n'était plus à démontrer, ce dernier se savait incapable de maudire le peuple juif sans un accord implicite de l’Eternel. Il prévoyait donc de mentionner les fautes du peuple juif, afin d'attirer sur lui la malédiction divine. Mais à chaque fois qu'il essayait de proférer une malédiction, Dieu la transformait dans sa bouche en bénédiction. C'est ainsi que de la bouche de Bilam est sortie une bénédiction que l'on trouve aujourd'hui dans nos rituels de prière, en entrée de la prière du matin, de "Cha'harit" : "Ma tovou ohale'ha Yaakov michkenote'ha Israel". "Qu'elles sont belles tes tentes Yaakov, tes demeures Israël".

BALAK REGALIM ou PEAMIM ?
Situons-nous au coeur du récit que je vous invite à lire.
"L'ânesse vit l'ange du Seigneur debout sur son passage et l'épée nue à la main; L'ânesse s'écarta de la route et alla à travers champs; Bilam frappa l'ânesse pour la ramener sur la route. L'ange du Seigneur se plaça dans un chemin creux entre les vignes, - clôture deçà, clôture delà. L'ânesse vit l'ange du Seigneur, se serra contre le mur, et froissa contre le mur le pied de Bilam qui recommença à la frapper… Mais l'ange du Seigneur recommença à prendre les devants, et il se plaça dans un lieu étroit, où il n'y avait point de place pour se détourner ni à droite ni à gauche. L'ânesse vit l'ange du Seigneur et se coucha sous Bilam. La colère de Bala’am s'enflamma et il frappa l'ânesse de son bâton.  Alors le Seigneur ouvrit la bouche de l'ânesse qui dit à Balama’ : "Que t'ai-je fait, pour que tu m'aies frappée ainsi à trois reprises ?".
Cet épisode de la Paracha Balak nous interpelle à plus d'un titre : une ânesse qui voit ce que l'Homme ne voit pas (et de surcroît, un prophète des nations, pour certains commentateurs, le plus grand des prophètes des Nations), une ânesse qui parle ! De nombreux commentaires sont portés sur les vertus physiques de cet animal, mais nous allons nous intéresser aux paroles que l’Eternel a mises dans la bouche de l'ânesse.

PARLER A 3 REPRISES : Le terme utilisé par la Torah pour dire "à trois reprises" est  zé chaloch régalim. Pourquoi la Torah utilise ce terme alors que le mot péamim  aurait été plus évident dans ce con texte. D'ailleurs le Targum Onkelos comptabilise les deux expressions. Si le mot péamim  est utilisé plus d'une centaine de fois dans la Torah, comme : Chela'h Lekha (14:22) : "...et qui m'ont tenté dix fois déjà" (essré péamim) Ensuite dans Houqat (19:4) : "...et il fera aspersion de son sang vers la face de la tente d'assignation, sept fois." (chéva péamim). Et enfin dans notre texte Balak (24:10): "C'est pour maudire mes ennemis que je t'avais appelé, et tu as persisté à les bénir par trois fois !" (zé chaloch péamim).

PEAMIM ET REGALIM : Le mot régalim  est utilisé seulement 4 fois dans toute la Torah : dont trois fois dans la paracha Balaq, voici les sources : 22:28 : "que t'ai-je fait pour que tu m'aies frappée ainsi à trois reprises" (chaloch régalim), 22:32 : "...pourquoi as tu frappé ton ânesse déjà par trois fois "(chaloch régalim), 22:33 : "Cette ânesse m'a vu, et elle s'est écartée de devant moi déjà trois fois" (chaloch régalim), Une fois dans la paracha Michpatim : 23:14 : "Trois fois tu me feras fête dans l'année" (chaloch régalim).
LA COMPREHENSION DE NOTRE SYSTEME CALENDAIRE :
Notre célèbre commentateur Rachi se penche sur ce problème et propose sur le premier chaloch régalim  de la paracha nous dit : "il lui fit l'allusion suivante : tu veux anéantir une nation qui célèbre annuellement les trois fêtes de Pèlerinage." L'ânesse semble donc mettre en garde Bala’am, en lui disant qu'il ne peut maudire le peuple Juif qui fête Pessah, Chavouot et Souccot. Et si il n'y en avait seulement deux, la malédiction aurait elle pu avoir lieu ? Pour cela revoyons la signification des trois fêtes de pèlerinage :
Pessah : Le peuple hébreu sort d'Egypte, sort de l'esclavage. Il s'agit d'une libération physique, c'est la libération du corps. Maudire un peuple qui n'aurait que la liberté corporelle ou matérielle est aisée. A la limite, tout le monde put le faire, maudire et médire celui qui sort affaibli de l’épreuve physique. On le verra dans le futur à travers Haman (c’est la fête de Pourim qui nous le rappelle) qui fut un des premiers à vouloir exterminer physiquement le peuple juif. Il ne fut pas malheureusement pas le seul. Concernant la destruction spirituelle, c’est la fête de Hanoucca qui nous rappelle la tentative de destruction spirituelle imposée aux Judéens par les mouvements hellénisants, issus du monde grec, mais aussi du monde juif assimilé à la culture grecque.

POUR CEUX QUI SOUHAITENT BRISER LA LIBERTE D’ESPRIT DU PEUPLE JUIF : Chavouot : A peine libéré d'Egypte, le peuple juif a rendez-vous au Mont Sinaï. Il va obtenir sa libération spirituelle. Le don de la Torah donne aux bné Israël la force de l'esprit, de la réflexion. Briser la liberté de l'esprit a été également le désir de nombreux ennemis d'Israël. Le but des Grecs n'était pas la seule domination physique mais la domination de l'esprit.
C'est cette opposition symbolisée par les fêtes de Pessah - Pourim, et Chavouot - Hanouca qui a du motiver Bilam, mais l'ânesse le met en garde. L'utilisation du terme chaloch régalim  est là pour nous signifier l'importance de la fête de Souccot. Sans cette troisième fête de pèlerinage les bné Israël auraient été une proie pour Bala’am. Qu'elle est donc la spécificité de cette fête ?

UNE ALLEGORIE A TRAVERS LA FETE DE SOUCCOT: Un sujet du roi était perdu dans une forêt un jour de grand froid. Il errait dans la neige ne retrouvant plus son chemin. Tout à coup il entendit du bruit puis vit des chevaux. C'etait la garde devançant le carrosse du roi. Il resta là devant la route regardant défiler tout le cortège du roi. Puis, vint le carrosse. A sa plus grande surprise le carrosse le dépassa puis ralentit et s'arrêta. La porte du carrosse s'ouvrit et un garde vint le chercher pour le faire entrer. Là bien au chaud on lui donna des linges royaux pour qu'il s'essuie et se réchauffe. Il séjourna trois jours dans le palais du roi, et quand il eu repris ces forces, il remercia le roi et partit. Avant de partir il demanda au roi une faveur; celle de conserver un de ces linges royaux qu'on lui avait donné dans le carrosse. Depuis, tous les ans, il sort ce bout de tissu brodé, l'embrasse, le respire et il se souvient de ce moment incroyable quand il était chez son maître.

LA CONFIANCE DANS L’AVENIR : Ce machal (parabole) illustre ce qu'est la fête de Souccot. Tous les ans nous vivons dans les cabanes et nous nous rappelons le moment d'intimité que nous avons eu avec l’Eternel dans les "nuées de gloire". Cette 3e  dimension du peuple juif, l'intimité avec l’Eternel nous est spécifique. Bala’am ne peut maudire le peuple qui a habité chez le Roi. Sans cet attachement entre l’Eternel et les bné Israël, Bilam aurait pu réussir, mais l’Eternel à travers la bouche de l'ânesse en utilisant volontairement le mot régalim  tente une nouvelle fois de le décourager


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