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"IGERET LIKHVOD CHABBAT"Lettre de chabbat n°5770-36
Par Rabbi Michel Liebermann

Résumé de la paracha Korah ...
Le pouvoir de la parole

Connaissez-vous la bonne histoire de ce Rabbin itinérant qui de ville en ville portait la bonne parole, mais qui affectionnait tout particulièrement l'épisode de Korah. Mais comment faire pour parler de Korah chaque semaine alors qu'il n'existe qu'une seule sidra Korah par année liturgique ? Notre rabbi avait trouvé un moyen tout à fait élégant : lorsqu'il montait en chaire, il faisait semblant de trébucher, le livre qu'il avait soin de mettre sous son bras lui échappait alors et tombait à terre. En le ramassant, notre Rabbin soupirait en ajoutant : "Ah mon livre est tombé à terre comme est tombé Korah, et puisque j'ai prononcé le nom de Korah.."  ...et il enchaînait sur son sermon favori. Certains hommes politiques dans leurs conférences de presse disent le plus sérieusement du monde "Vous m'avez posé une question sur" et ils lancent ainsi le message qu'ils ont envie de transmettre aux journalistes.

Ces "trucs", Korah le héros de notre Sidra, les a largement utilisés pour s'attirer la sympathie des foules et dresser le peuple d'Israël contre Moïse et Aaron. D'une puce, il savait faire un éléphant. Dans sa bouche, certaines causes devenaient des problèmes cruciaux et urgents, d'autres causes qui le gênaient étaient écartées d'un tour de main. Le ton lui-même, l'image choisie, le déroulement du récit, tout était calculé pour impressionner et mettre de la poudre aux yeux de ceux qui l'écoutaient. Ces procédés utilisés sont ceux de tous les démagogues. En tout premier lieu la flatterie, cette pratique de bassesse, témoin du peu de scrupules moraux de notre personnage qui n'a aucun respect réel pour ses "victimes". Il les invite à une assemblée, les met dans la confidence avec un sourire entendu et des paroles en apparence affectueuses. Mettant en avant certains faits réels de peu d'importance, des faits que l'on grossit de manière démesurée, on jette de la poudre aux yeux des interlocuteurs, leur cachant ainsi les véritables problèmes.
Le 3e procédé est de prendre ses interlocuteurs à témoin pour ponctuer son discours, un discours chaleureux, optimiste et généreux, un discours employant un langage piège, un langage qui plaît.

Le 4e procédé consistera à trouver un bouc émissaire pour lui faire porter la faute de ce qui ne va pas. Notre personnage se montre généreux, large d'esprit, bon seigneur " s'il ne tenait qu'à moi, mais il y a l'autre, il y a ceci... Il y a celui-là ... vous comprenez ... Vous êtes d'accord ".
Et ainsi le discours passe. L'auditoire n'y voit plus rien. On lui a jeté de la poudre aux yeux. On crie, on parle en confidence, on tourne en ridicule, on rend l'auditoire complice ... On cite des témoignages invérifiables sur place, mais surtout on grossit les chiffres, on déforme les faits, on les oriente selon l'optique dans laquelle on veut amener l'auditoire. Même les gens par ailleurs intelligents et réfléchis s'y laissent prendre. C'est fou le pouvoir de la parole, d'une intonation, d'une présentation de faits! Tous ces procédés Korah les connaissait et les utilisait à bon escient. 25O membres du Sanhédrin se laissèrent prendre à ce piège. Pas le menu peuple, le commun des mortels, mais des hommes de valeur, des hommes d'élite, les élus de la Communauté d'Israël. Korah les réunit et leur parle. Il s'attachera à un détail, volontairement, délibérément. Lorsqu'on contredit Korah, lorsqu'on lui démontre qu'il est loin de la vérité ou bien que le programme du Gouvernement qu'il propose n'est pas meilleur que celui de Moise, il ricane "Vous n'avez rien compris. C'est vrai que c'est le même programme de gouvernement, que ce sont les mêmes hommes en place, mais l'esprit est différent. On introduit la joie de vivre". Bref, de la poudre aux yeux, car dès que l'on gratte le vernis, en toute sérénité, en toute objectivité, quelle déception. La réalité se révèle d'une tristesse à mourir, un véritable abus de confiance.
Prenons les termes mêmes du texte de la Sidra pour étayer l'analyse de ce genre de situation : "Korah prit" Rachi explique : Korah attira par ses paroles les Chefs du Sanhédrin : "Il les amena avec lui autour de Moïse et d'Aaron, accompagné de Datan et Aviram", Korah s'assure que dans toute réunion publique il y ait des hommes sur lesquels il pourra compter et qui feront la "claque". Ces hommes feront l'éloge de Korah, le plébisciteront. "Sans Korah, rien ne pourra aller, aucun progrès pour la Communauté d'Israël n'est à espérer ". Et lorsque Moise jette un coup d'œil sur la foule rassemblée, tous les enfants d'Israël concernés sont absents; il n'y a que les acolytes de Korah, ceux qu'il a flattés, qu'il a sollicités, à qui il a distribué des sourires et des salamalek, ceux auxquels il a donné de l'importance.
Toute cette horde de gens aveuglés par la poudre aux yeux que Korah leur a jetée se mettent à crier à l'intention de Moïse " toute la Communauté, oui, tous sont saints et au milieu d'eux est l'Eternel ". Voilà ce que dirent les " princes de la Communauté, membres des réunions, personnages notables " (Nombres 16/3).
Que faire devant tant de mauvaise foi ? " Moïse les entendit et il se jeta face à terre". Se justifier devant les acolytes de Korah ! Peine perdue. Moise prend-il la parole que l'on se moque de lui. On a compris ! On ne veut même pas l'écouter, ni entendre ses arguments. Korah avait si bien parlé, avait été si convainquant devant un public gagné d'avance, acheté en quelque sorte du prix de flatteries, de fausses confidences, de promesses de défendre leurs intérêts pendant qu'il ne pensait qu'aux siens. Korah, le tribun, parle avec conviction, avec des accents tellement sincères, un véritable comédien dont la voix couvre celle de tout le monde. Il se présente comme un bouc émissaire, comme l'homme sur qui pèsent toutes les corvées, sur les épaules de qui tout le monde se décharge. Pour peu on prendrait son mouchoir pour essuyer une larme.

LE MIDRACHE RACONTE 
Voilà Korah, qui fait des adeptes dans la Communauté d'Israël. Joignant le geste à la parole, Korah les revêtit de "Talit" entièrement confectionnés de laine d'azur (Te’helet) et se rendît auprès de Moïse en lui demandant : " Est-ce qu'un Talit entièrement de laine d'azur est soumis au commandement des Tsitsit ou en est-il dispensé ? "
Il répondit "il est soumis".
 Sur ce Korah et ses acolytes commencèrent à se moquer de Moïse " Est-ce possible qu'un Talit fait d'une étoffe différente soit rendue conforme par un seul fil bleu et celui-ci composé entièrement de laine d'azur ne serait-il pas conforme lui-même"  Et tout le monde riait et se moquait.
Pour mettre encore les rieurs de son côté, Korah posa une nouvelle question: "Est-ce qu'une maison pleine de rouleaux de Torah est soumise au commandement de la Mezouza ou non?" Moïse répondit: "Elle y est soumise ! "
"Comment, ajouta Korah, un simple morceau de parchemin contenant un seul passage de la Torah rend conforme toute une maison, une maison pleine de rouleaux de Torah contenant un grand nombre de Mezouzot ne rendrait-il pas conforme la maison ?
Quelle est la faute de Korah pour qu'il ait mérité d'être englouti par la "bouche de la terre " ? La faute de Korah est d'induire le peuple en erreur en lui faisant prendre l'accessoire, le symbole, pour la réalité de la Mitzva elle-même. Il mine la Halakha de l'intérieur en détournant le peuple du commandement institué par l'Eternel lui-même, et de ce fait, il rejette le joug de l'autorité en place, celle de Moise, le Rabbin de l'époque.

UNE REGLE POUR AUJOURD’HUI 
 Si Korah a été si sévèrement puni, c'est pour montrer aux générations futures que le judaïsme ne peut vivre et se perpétuer que dans la mesure où l'autorité religieuse est respectée. Toute innovation, même si elle plait aux fidèles, si elle est contraire à la Halakha ou si elle édulcore cette Halakha finit par conduire à la désagrégation du peuple juif. L'histoire juive abonde en exemples illustrant ce phénomène de Korah. C'est pourquoi l'une des prières que l'on adresse souvent à l'Eternel est de nous tenir éloigné "du conseil de Korah ".


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