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"IGERET LIKHVOD CHABBAT" Lettre de chabbat n°5768-35
Par Rabbi Michel Liebermann

Paracha Emor :

De sortir en produisant un blasphème, au Tiqoun Olam

Sur le verset Lévitique 24,10-11 « Et le fils d'une juive et d'un Egyptien sortit au milieu des enfants d'Israël, et le fils de la Juive et un Juif se disputèrent, et le fils de la Juive proféra, en le blasphémant, le Nom sacré.  »

Rachi donne trois réponses à la question « d'où est-il sorti », dont l'une est : « Il est sorti de la paracha précédente (des pains de proposition) et s'en est moqué, en disant : « l'habitude d'un roi est de manger du pain frais tout chaud chaque jour, et ici le pain est vieux de 9 jours !? » En effet, déjà dans le désert, au cours de ses pérégrinations, les Hébreux, avec Moïse en tête, appliquaient les lois cohaniques dans le Tabernacle. C'est ainsi que les fameux 12 pains de proposition étaient cuits le vendredi, posés ensuite sur la Table du Tabernacle le Chabbat. Les Lévites les remplaçaient le Chabbat suivant par des nouveaux, et les prêtres consommaient ceux qu'on venait de retirer de la table. Ces pains étaient donc vieux de 9 jours, donc semblerait-il, complètement rassis. Pourquoi ce problème de vieillissement du pain a-t-il amené cet homme à blasphémer ? Parmi les nombreux commentateurs, je voudrais citer l'approche novatrice du Baal HaTourim. Ce grand maître écrit que, s'étant moqué, ce fils d'Egyptien s'est fait réprimander par un Hébreu. Ils en vinrent à se disputer, et ce fils de l'Egyptien, en colère, en est venu à maudire le Nom de l'Eternel.

NIER LE MIRACLE : Il faut toutefois encore comprendre pourquoi c'est précisément à cause du pain de proposition que cet incident a éclaté. Il semble que, dans sa moquerie, il niait la possibilité du miracle que l'Eternel accomplissait à l'égard de ces pains, refusant de reconnaître Son pouvoir de changer la nature selon Sa volonté. Nombreux parmi nous fonctionneraient aujourd'hui de la même façon, ce que l'on appelle un regard historico–critique. Il est tellement facile de «casser» le mythe, et de toucher aux croyances… Et c'est que réside le danger, comme nous le montre si bien le Baal HaTourim. Essayons de comprendre quelle est cette faute de l'Egyptien, «maudire le Nom sacré». On enseigne dans le Talmud Sanhédrin 56a, à propos du jugement d'un blasphémateur, « que tout le long de la déposition des témoins et de leur interrogatoire, où ils doivent rapporter devant le Tribunal les paroles de l'accusé » ils emploient l'expression « que Yossi frappe Yossi », afin de ne pas blasphémer eux-mêmes.

EVITER LE BLASPHEME : Rachi explique que les Sages se sont servis dans cette phrase du nom de Yossi car il est composé de 4 lettres comme le Tétragramme et a la même valeur numérique (86) que le nom Elohim ). Il semble donc que le blasphémateur a dit que « l'Eternel frappe l'Eternel. » Comment cet homme peut-il penser que le même être peut se frapper lui-même ?

Nous devons nécessairement dire qu'à travers cette attitude, il semble démontrer qu'il ne reconnaît pas l'Unité divine, et qu'il y a au moins dualité dans la divinité. Si telle est la conception de tout blasphémateur, il est clair, selon le propos décrit dans notre Texte, que le refus de croire en la toute puissance divine, ayant pour pouvoir de changer selon Sa Volonté les lois de la nature, et ce à Son gré, mène l'homme au blasphème. Blasphème qui est l'expression erronée et non représentative du message biblique. Ce blasphème serait une façon de présenter le divin dans une double attitude, il représente en somme la dualité de l'Eternel. Nous pouvons à présent mieux comprendre en quoi le blasphémateur avait commencé par se moquer des pains de proposition avant de commettre sa faute.

RETROUVONS NOTRE DESTINEE : Pendant plus de 2000 ans, les Juifs ont été un peuple errant. Nous avons été exilés aux quatre coins du monde, opprimés, frappés et gazés. C'est pourtant dans ce contexte qu'une chose incroyable est advenu : c'est nous qui avons fixé les bases morales de l'humanité. Les prétendues valeurs "judéo-chrétiennes" qui ont cours dans le monde civilisé ("monothéisme", "aime ton prochain", "paix sur la terre", "justice pour tous", "éducation obligatoire", "tous les hommes sont créés égaux", "la valeur de la vie"…), prennent toutes leur source dans la Torah. Nous les avons appliquées dans les conditions de vie les plus hostiles, et elles ont eu un impact considérable

Lorsque l'Etat d'Israël fut proclamé, les regards du monde entier se portèrent, pleins d'attente, vers lui. Tout le monde semblait savoir que l'Etat juif portait en lui la possibilité de changer le cours de l'histoire humaine. Si les Juifs avaient pu avoir une telle influence en dépit des grandes difficultés rencontrées en exil, nul doute qu'une fois réunis sur leur patrie ancestrale ils ne puissent transformer le monde !

En fait, il est vrai que ces soixante premières années furent miraculeuses. Les premières générations d'immigrants, pleines d'un idéalisme passionné surent saisir cette chance historique. Les Juifs exécutaient les travaux les plus pénibles pour un salaire de misère. Résultat ? Nos frères et nos sœurs en Israël ont réussi à construire des hôpitaux réputés, des routes, des écoles. Nos frères et nos sœurs en Israël ont créé de nombreuses industries, et tout ceci, au milieu des pires difficultés, de la terreur et des guerres.

L'ESSENTIEL DE L'HERITAGE JUIF : Que devons-nous donc faire maintenant ?
Nous devons nous réapproprier notre destin, en y mettant toute notre détermination. Et commencer en prenant conscience que le Tiqoun Olam est le principe qui permet au peuple juif d'accéder à la grandeur.

Tout a commencé avec Abraham. La mission qu'il s'était assignée était d'enseigner au plus grand nombre ce que signifiait «être créé à l'image de Dieu». Il démontrait ainsi comment un être humain doit prendre sur lui la responsabilité du monde. L'engagement d'Abraham était le premier mouvement libéral et progressiste qui ait jamais existé. Et son succès fut considérable.

Le Tiqoun Olam est l'héritage juif. Si nous nous penchons sur les 3000 premières années de l'Histoire juive, les grands noms qui émergent sont ceux des grands maîtres qui ont transmis le message juif : Moïse, Rabbi Akiba, Hillel, Maïmonide, le Gaon de Vilna, le Maharal…Là est l'essentiel de notre héritage. Le message s'est inscrit dans nos âmes au Mont Sinaï et il constitue la caractéristique unique de notre peuple. L'ignorer revient à commettre un suicide spirituel national. Que l'on dise que ce message nous a été donné par Dieu, ou que l'on affirme qu'il a été rédigé par la main de l'homme est une tout autre histoire. Ce qui est certain, c'est que l'humanité a soif d'idéaux, et le peuple juif, notre peuple possède, travers la Thora, ce magnifique code de comportement et de vertus.

 

 

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