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"IGERET LIKHVOD CHABBAT" Lettre de chabbat n°33
Par Rabbi Michel Liebermann

chabbat hol hamoéd - Un regard hébreu pour une liberté juive, mode d'emploi

Le soir du sédère nous répétions tous «  be'hol dor vador 'hayav adam lir'ot et atsmo ke'ilou hou yatsa mimitsrayim » ce qui signifie qu'à chaque génération, chacun d'entre – nous doit se considérer comme sortant de (l'esclavage de) Mitsrayim.

Traditionnellement, on traduit Mitsrayim, par le pays d'Egypte, mais il s'agit de voir ici bien autre chose qu'une Délivrance sociopolitique, voire même physique. C'est plus le passage du joug de la force qui bascule au profit d'un rituel, où, collectivement, un peuple, notre peuple fait confiance au divin.
Cet énoncé, tiré de la Haggadah que nous avons lu (et que nous lisons hélas que 2 fois sur toute une année) lors de la soirée pascale est le concept de base de Pessah ! Nous devons nous considérés comme libérés et allons apprendre la liberté.

Sortir de Mitsrayim est une procédure constante et répétitive. Cela signifie que nous avons la possibilité de réaliser notre liberté en tant que juif, et ce, à travers toutes les dimensions de notre être pouvant être mise en pratique au cours de toute notre existence. Que signifie donc cela ? Existerait – il une liberté juive spécifique ?

LES DIFFERENTS NIVEAUX DE LIBERTE : Nos rabbis expliquent qu'il existe plusieurs niveaux. Pour une plante, la liberté serait un bon sol, de l'eau et du soleil, pas trop, juste ce qu'il faut. Si une plante est mal plantée, qu'elle n'a pas ses supports, elle disparaît. On n'attend pas d'une plante qu'elle se déplace. Un animal, c'est différent. Car pour lui, l'eau et la nourriture ne suffisent pas. L'animal a besoin d'une liberté de mouvement. Mais l'animal n'est pas frustré si on ne lui apprend pas à écrire, à compter, à réfléchir, à être créatif… Ainsi arrivons nous progressivement à une liberté plus élevée qui touche l'être humain. Il a besoin d'eau, de nourriture, de liberté de mouvement – mais également d'éducation, de créativité, de liberté et de s'exprimer sous différentes formes.
Alors pour un juif, que signifie la libre expression ? Cela signifie avoir un sens d'identité, être en quête de connaissance, afin de posséder une expression juive dans notre vie quotidienne. Si nous devions retirer cela, ou si nous pouvions le limiter, alors les aspects juifs de la personne – son aspect essentiel – n'est pas libre. On est resté en Mitsrayim. Le moyen de se libérer, s'est de laisser exprimer son aspect, sa particularité juive. Dans chaque génération et également tous les jours, c'est notre Exode privé, particulier, c'est notre libération personnelle.

LA LIBERTE DANS LA PRIERE : chaque fois que l'occasion m'est donnée, je perçois ma liberté, ma vraie liberté dans les temps de la prière. Oui , c'est une forme de délivrance de Mitsrayim, une délivrance personnelle, chaque fois que je m'adresse à l'Eternel, que ce soit dans la lecture des textes bimillénaires du sidour, du livre de prières, écrit en hébreu, en araméen. Parfois je retrouve quelques textes en yiddish, mais aussi dans les recueils modernes, il y a de si belles citations, pensées, métaphores, contes initiatiques. Mais je suis aussi libre, car il n'y a pas de limites pour exprimer les ressentis, les émotions, que ce soit à travers mes méditations personnelles, pensées, souvent chantées, en tout cas, vécues avec le corps et l'âme.

UNE PARTIE SACREE DU DIVIN : oui, l'âme de chacun d'entre nous est une parcelle sacrée du divin. Pourtant cette âme est souvent piégée et est limitée par notre attitude égotique et égoïste, car trop souvent centrée sur soi, sur son corps, sur ses besoins matériels souvent tellement ordinaires, sur des plaisirs éphémères. C'est en somme le Mitsrayim de notre âme.

HOMONYMIE : en fait, le terme hébreu de MITSRAYIM, souvent rendu en français par Egypte est très proche du mot METSARIM, signifiant les limites. Parfois on est capable d'abandonner nos limitations concernant les affaires matérielles, ne fut ce qu'un instant. Imaginez une personne prononçant le texte qui proclame l'unité du divin : «  chema yisraél, A – donay Elohénou A – donay è'had », écoute Israël, l'Eternel qui est notre Dieu, c'est l'Eternel Un….

ADIEU – A DIEU : Ce bref instant, nous sommes en pleine conscience de la présence du divin, de son action dans le monde. Pendant ces quelques secondes on oublie le temps qu'il fait à l'extérieur. Pourrait – on pendant un instant se séparer de tout, dire « adieu » au prix du cours de la bourse, « adieu » aux soucis professionnels, « adieu » au repas que l'on va manger... Comme si ce « adieu » d'un instant pouvait s'entendre « à – dieu » pour lequel on pourrait trouver plusieurs dynamiques.
La première c'est que notre conception de la matérialité est liée à un créateur qui nous permet d'entrevoir, d'utiliser, d'imaginer, de travailler et d'exploiter la matière, c'est le symbole de la première lettre de l'alphabet hébraïque : alef. On peut donc dire que chaque chose, chaque projet émanant de sa source appartient intrinsèquement « à Dieu ».
La seconde serait que tout projet procède de la Source de l'Unité du divin. Même pour les repas, même pour la Bourse, même pour tous mes besoins, c'est l'Eternel Un qui intervient et me permet d'opter pour les choix issus du libre arbitre qu'Il nous a octroyé à chacun d'entre – nous. Pendant ce «  chema yisraél », cette rencontre, ce face à face avec le divin est unique à jamais, et temporairement c'est là que notre âme est vraiment libre.

LE REGARD DE L'AMOUR : La transition est toute trouvée. En vérité, dit le texte du Deutéronome VII : 13 « l'Eternel t'aimera et te bénira, te faisant réussir dans ce qui compte pour toi, que tu vives la Torah ou non ». Contrairement au conditionnel qui introduit cette promesse : « Si vous écoutez ces lois, si vous les gardez, si vous les réalisez. » (Deutéronome VII : 12). Cela signifie bien que « Mais vous ne serez heureux dans votre vie que si votre mérite est présent (mérite se dit en hébreu : ze'hout ) ; c'est-à-dire qu'Israël collectivement, mais aussi individuellement, pourrait bien vivre une tendresse divine qui correspondrait à la fluctuation de ses réponses et de ses relations au divin.

REGARD DE DEUX MAITRES  : Certains rabbis se sont bien exprimés sur le sujet, entre autres le Ktav Sofér qui disait : « même si le peuple juif ne vit pas avec Dieu, il le considère comme son Dieu. « Ils me considèrent, de toute manière, comme leur Dieu ».
Le Maharal de Prague va encore plus loin et a écrit  : Israël n'a pas spécialement une mission à accomplir. « Il est choisi pour lui-même, et non suivant une vocation quelconque ». Contrairement à l'ange, qui est un simple mécanisme préposé à une fonction.

Alors, observons – nous : la relation amoureuse, la relation amicale, ne saurait correspondre à un ensemble de fonctions. Contrairement à ce qu'on dit les stoïques, elle correspondrait à un élan personnel, qui n'est nullement lié à un comportement précis. Comme si le véritable amour ne se soucie guère de ces conventions qui composent notre être que sont les idées, les paroles, les actions. Oui, le chemin est long et beau, alors, en route.

 

 

 

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