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"IGERET LIKHVOD CHABBAT" Lettre de chabbat n°5768-31
Par Rabbi Michel Liebermann

METZORA vous avez dit pureté ?

Pureté et impureté, voici l'idée centrale des deux textes de la semaine, jumelées. En premier lieu figure la situation de la femme qui a eu un enfant et qui doit observer une certaine période de « purification » avant de venir, enfin, apporter son offrande de reconnaissance entre les mains du prêtre. La suite du texte traite du cas de «tzora'at » que l'on a coutume de très mal traduire par «lèpre» ou même par « gale » mais qui n'est guère identique, comme nous le verrons plus loin, avec cette maladie encore fort répandue. Ce mal peut atteindre aussi bien le corps d'un homme ou d'une femme que n'importe quel vêtement ou même une maison. Ce sont des prêtres spécialement préparés à l'examen de celle plaie qui doivent faire le constat pour déclarer ensuite l'impureté de l'objet en question. Les conséquences immédiates pour l'homme ou la femme atteint sont la réclusion temporaire et la purification selon un mode minutieusement indiqué, tandis que les vêtements atteints doivent être brûlés, après une période d'observation. Quant à la maison, elle sera également soumise à un examen approfondi par le prêtre expert et en cas de récidive, détruite. Ces lois se terminent par les prescriptions relatives à des impuretés humaines d'origine physique qui entraînent également l'obligation d'observer un certain temps de retraite et de se présenter à sa fin devant le prêtre pour obtenir la réintégration par l'eau pure et le sacrifice d'expiation habituel.

Le pur et l'impur  : Dans les deux sidrot , la Torah développe les lois portant sur la distinction entre l'état de pureté (tahora) et celui d'impureté (toum'a), déjà introduits dans les chapitres précédents du Lévitique. On perçoit facilement le principe d'une progression de ces lois de purification dans le déroulement de ces sidrot :
1 Dans les premiers chapitres, la "mise à part", la séparation radicale des cohanim, des prêtres, de toute situation menant à l'impureté.
2 Puis, dans Chemini, l'ensemble des règles concernant la nourriture.
3 Ensuite, dans Tazria-Metsora, les situations d'impureté qui concernent le corps lui-même, tant à l'occasion d'une naissance que de maladies dont la lèpre (tsara'at) est donnée comme exemple ;
4 L'impureté aussi qui peut s'attacher aux vêtements et même aux habitations.
5 Enfin, dans les parachot suivantes, les règles touchant à l'impureté fondamentale qui résulte du contact avec la mort. 
À travers ce développement apparaît un thème important qui a été mis en évidence par les commentateurs traditionnels.

Plus l'homme est capable de sainteté et plus il devient vulnérable au risque d'impureté . On pourrait en effet considérer comme paradoxal le fait que ce soit précisément dans le Lévitique que se trouvent développées avec une telle minutie, et élaborées avec une telle précision, les définitions des situations d'impureté. Le Lévitique, en effet, désigné par les maîtres du Midrash par l'expression Torat Cohanim, la Torah des prêtres, peut être lu tout entier comme une invitation à réaliser en soi, à tous les niveaux d'être, l'être de sainteté. Et l'on pourrait supposer qu'une telle invitation ne concernerait que les personnes pour lesquelles aucune situation d'impureté n'aurait déjà plus de prise. Or, le principe enseigné ici par la Torah, est absolument opposé. Non seulement l'être de sainteté est exposé plus que d'autres au risque de l'impureté ; mais plus encore, c'est chez lui que l'impureté qui se dévoile, est effective. Elle se dévoile précisément dans l'effort d'élévation qui mène à la sainteté ; car cet effort consiste à évacuer, " mettre en dehors " littéralement, la part de mort qui est mêlée à toute vie dans la condition terrestre. C'est pourquoi donc ces prescriptions ne sont pas données avant l'invitation à la sainteté, mais précisément dans le propos même de cet appel. Cela est indiqué, en particulier, dans la lecture du terme même de métsora,"  atteint d'impureté", que rappelle le «  Guélilé Zahav » en relation avec un enseignement du grand maître talmudique Rech Laqich  : "le m étsora' peut aussi être lu en deux mots : m otsi ra, "celui qui fait sortir [de lui] le mal " . Or ce qui est vrai pour I'individu est vrai aussi pour la société.

Une société qui dévoile ses impuretés, qui en prend acte et les ressent comme telles, est une société en marche vers sa vocation de sainteté. Nous avons abordé la semaine dernière, dans Chemini, quelques notions sur les concepts de «  toum'ah » et de «  tahara  », que nous traduisons généralement par la pureté et l'impureté. Aujourd'hui, nous verrons que d'une formule négative, de ce qui apparaît comme étant une réponse négative, l'on peut en faire ressortir du bien. En somme c'est comme si quelqu'un refusait de répondre positivement à une de vos questions, vous en déduisez un grand bien pour tous.

Les causes de l'impureté sont variées et variables  : L'une des causes d'impureté, qui n'est plus connue à notre époque, se présente sous l'apparition sur le corps de la maladie que l'on appelait "tsaraat" , que l'on a l'habitude de traduire par "lèpre" bien que ceci ne soit pas une traduction précise. Un cas particulier et étonnant, qui est lié à cette impureté, apparaît quand cette maladie atteint la totalité du corps, la personne est considérée alors comme . pure. Comment une telle chose est-elle possible ? Parce qu'il s'agit d'un décret divin. Et même si cela va à l'encontre de notre logique, le texte de la Torah a décidé qu'il en était ainsi, et l'état de pureté est donc décrété "d'en haut".
Mais on peut cependant appréhender une autre explication. Lorsque la tsaraat est partielle, elle s'identifie bien à une plaie. Si elle devient totale, elle est alors simplement la nature de l'enveloppe extérieure de cette personne, et non plus une plaie.

Temps d'impureté et temps messianiques : Le Talmud rapproche cette loi de l'avènement messianique. La plaie en question symbolise le monde de la «  avéra », les fautes que nous avons commises.

L'état de pureté la «  geoula  », c'est - à - dire la Délivrance. Le Midrash déclare : "Le fils de David ne viendra que lorsque toute la royauté se sera changée en hérésie". C'est à dire que lorsque le rejet de Dieu règnera, ce sera un signe de l'approche de la Délivrance. La même question revient alors : Comment est-il possible que la lumière de la Délivrance puisse apparaître dans une génération si basse, que c'est spécialement lorsque le Mal est dominant et que l'époque est propice à la Délivrance ? Ceci va à l'encontre de notre logique.
À cela on peut appliquer les 2 réponses précédentes. D'une part que c'est ainsi qu'il a été décrété par l'Eternel, afin que la Délivrance ne soit pas la conséquence logique de l'état du monde, mais simplement un décret de Sa volonté, comme il est écrit : "Lemaani, lemaani, é'èssè", "c'est pour moi, pour moi, que je le ferai".
Cependant, on peut voir dans ceci également un aspect logique. Lorsque le mal s'étend au monde entier, cela signifie que l'on ne peut plus parler d'une simple augmentation du mal. Un tel déploiement témoigne au contraire que ce sont toutes les forces cachées du Mal qui font surface, car elles n'ont plus où se cacher. Cette situation désigne le raffinement final du monde , le moment ou le mal est totalement séparé du bien et s'exprime à l'extérieur, alors que l'intérieur est, quant à lui, déjà prêt à recevoir la lumière de la Délivrance, et de fait, s'accomplira, rapidement et de nos jours. C'est ce pour lequel nous prions tous.

Comme annonce le prophète d'Israël : "Alors j'inverserai les peuples en une langue raffinée afin que tous appellent par le nom de Dieu et le servent d'une même façon" . Alors ne loupons pas notre ouvre, continuons à ouvrer au tikoun Olam, au raffinement du monde, en recherchant la lumière qui est en nous et en notre prochain. Ainsi nous apporterons les étincelles de chalom pour Israël et les Nations.

 

 

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