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"IGERET LIKHVOD CHABBAT" Lettre de chabbat n°5768-30
Par Rabbi Michel Liebermann Chabbat Tazria - Il ne suffit pas de couper le cordon IMPACT DE LA CONFIANCE : Il est curieux de rappeler que ce que l'on appelle les «juifs de Kippour», les «JK » sont souvent aussi ceux qui nous téléphonent et nous appellent pour procéder à la brit mila, la circoncision de leurs fils. Une enquête a révélé récemment qu'il y a aujourd'hui 43% de juifs qui fréquentent la Synagogue à la sortie de Yom Kippour et plus de 65% qui font circoncire «religieusement» leurs fils. Nous avons donc l'image que le nombre de parents qui font circoncire leurs enfants dépasse celui des jeûneurs de Kippour. C'est ainsi, par l'abstinence à Kippour ou le «courage» des parents de faire procéder à un acte somme toute chirurgical, sur le tout jeune bébé ; c'est par la difficulté, en passant par «la porte étroite», que la plupart de nos coreligionnaires expriment, malgré tout, comme le rappelait si bien le professeur André Néher, leur identification avec leur histoire, leur patrimoine, leur confiance, leur emouna. LA PREUVE C'EST PLUS QU'UNE IMPRESSION : Imprimer, marquer un enfant dans sa chair de manière indélébile, c'est bien une preuve de la confiance qu'il faut aux parents de cet enfant. Cela nécessite du courage et de la témérité. Au départ ceux-ci sont persuadés que plus tard, leur enfant étant devenu grand, témoignera de sa reconnaissance d'avoir été....condamné à porter, à jamais, la marque d'Abraham, en dépit des dangers de l'anti-judaïsme, devenu anti-sémitisme avec sa forme plus subtile d'anti-sionisme, recouvert d'un magnifique voile de révisionnisme qu'ils ont eux-mêmes connus, de façon directe ou pas. Mais l'antisémitisme continuerait-il, que la tradition juive n'en mériterait pas moins de se perpétuer par leurs fils qui porte précisément dans cette partie du corps permettant la perpétuation, le signe de l'Alliance. Quelle responsabilité pour des parents juifs !! Rappelons-nous de la première référence à la Brit mila . Elle apparaît au chapitre XVII de la Genèse « 9. Dieu dit à Abram : " Pour toi, sois fidèle à mon alliance, toi et ta postérité après t dans tous les âges . 10. Voici le pacte que vous observerez, qui est entre moi et vous, jusqu'à ta dernière postérité: circoncire tout mâle d'entre vous. 11. Vous retrancherez la chair de votre excroissance, et ce sera un symbole d'alliance entre moi et vous. 12. À l'âge de huit jours, que tout mâle, dans vos générations, soit circoncis par vous; même l'enfant né dans ta maison, ou acquis à prix d'argent parmi les fils de l'étranger, qui ne sont pas de ta semence.13. Oui, il sera circoncis, l'enfant de ta maison ou celui que tu auras acheté; et mon alliance, à perpétuité, sera gravée dans votre chair. 14 Et tout mâle incirconcis, qui n'aura pas retranché la chair de son excroissance, sera supprimé lui-même du sein du peuple pour avoir enfreint mon alliance ». UNE REPETITION : Ce texte, cette injonction qui marquera la postérité des enfants d'Israël, est bien antérieur à la promulgation de la Thora au Mont Sinaï, et des lois en général. Cependant, si dans la lecture de notre sidra tazria, cette mitsva est répétée en un court verset (12 : 3) c'est qu'il doit bien nous apprendre quelque chose d'autre. Une autre dimension peut apparaître si nous consultons les exégètes traditionnels qui se sont penchés sur la question, à savoir «pourquoi cet ajout, pourquoi cette répétition ?» Le Talmud de Jérusalem Kidouchin 1 : 7 veut déduire de notre verset que l'obligation de pratiquer la circoncision, la mila, incombe au père. Nous pouvons expliquer cette réflexion par le fait que le contexte de notre lecture vise d'abord la mère de l'enfant. Le texte ne débute-t-il pas Lorsqu'une femme ayant conçu, enfantera un mâle... Le verset 3 sera la source d'exploration : Au huitième jour, on circoncira l'excroissance (de l'enfant). Il existe deux lectures possibles de la forme verbale signifiant circoncire dans notre verset signifiant à la forme passive au masculin "il (l'excroissance) sera circoncis" et l'autre forme active 3ème personne au futur "il circoncira" . C'est dans ce deuxième cas que les Maîtres du Talmud conviennent que le sujet de la phrase est bien masculin, il s'agit donc du père de l'enfant. C'est à lui qu'incombera le devoir de pratiquer l'acte d'alliance. LA MERE ET L'ENFANT : L'objectif n'étant pas de faire une leçon de grammaire, nous percevons clairement que le sujet c'est bien la mère et l'enfant. Le premier mot de la sidra le rappelle bien " une femme..." La suite du texte nous montre quel est le statut de cette femme par rapport aux règles appelées "de pureté" dans les semaines qui suivent la naissance de son enfant. Et notre verset sur la mila n'est pas une incidente. Le fait de mentionner la circoncision est dans la foulée des différentes étapes et phases de son existence de mère, mais également de femme. Et voila que le texte vient nous apprendre qu'un autre partenaire intervient "activement" le père. C'est lui qui devra agir dans l'existence qu'elle partage si intensément avec «le fruit de ses entrailles», son fils. Pour la mère, la tentation est grande que l'enfant, venant d'elle, soit perçue par elle comme étant non pas une partie de soi-même, mais bien elle-même. C'est l'acte de circoncision que va accomplir le père de l'enfant, ou qu'il délèguera au mohel , le circonciseur, qui signifiera pour tous que l'enfant sera séparé de sa mère afin de mener une existence autonome. POURQUOI TOUCHER A LA NATURE ? Face à l'évènement de la circoncision, nombreuses sont les questions qui reviennent sur le tapis. Est-ce que ce que Dieu a créé ne dépassel pas ce que l'homme est capable de faire? De quel droit, alors, les juifs se permettent-ils de modifier la création divine? ARGUMENTS DE RABBI AKIBA : Parmi les réponses multiples, je voudrais vous citer la célèbre haggada opposant Rabbi Akiba à son geôlier Tunius Rufus. Nous sommes au milieu du deuxième siècle, Rome gouverne la Judée et, à l'image de la Grèce antique, a voulu interdire aux juifs la pratique de la circoncision. Tunius Rufus s'efforçait de démontrer à Rabbi que les juifs sont coupables de mutiler l'oeuvre de Dieu, le corps humain, en pratiquant la circoncision. Rabbi répondit en lui présentant des céréales d'une part et une miche de pain d'autre part. Il lui posa la question suivante : « le pain ne vaut-il pas plus que des céréales non comestibles ?» Il appartient aux hommes de transformer l'oeuvre de Dieu. L'enfant, ajoute Rabbi, est retenu dans le ventre de sa mère par le cordon ombilical. La mère est chargée de couper ce cordon afin de libérer son fils. Dieu l'a voulu qu'il en soit ainsi; il en va de même pour la circoncision que Dieu a ordonnée». LES DEUX RUPTURES : Il est important de rappeler ce récit parce qu'il associe deux ruptures : le cordon ombilical et la circoncision. Au-delà de toutes les interprétations qui sont données sur l'acte de la mila, et par rapport à la répétition de notre sidra , on a l'impression que la naissance du garçon, de celui à qui il incombera plus tard, selon la tradition, la mitsva de la procréation et de la perpétuation, est suivie d'une double séparation par rapport à la mère dont il est la chair. La maman ou la personne qu'elle délèguera pour le faire, va détacher d'elle l'enfant, retenu à elle par le cordon ombilical, afin qu'il puisse rentrer dans ce monde, le monde des humains. Quand huit jours plus tard le père, à son tour, va couper l'excroissance de la chair de l'enfant comme le fit Abraham sur lui-même (Genèse chap. 17), obéissant ainsi à l'ordre divin, il agit de la même façon que la mère. Mais cette fois pour que l'enfant adhère à la communauté d'Israël. Afin de «le faire entrer dans l'alliance d'Abraham notre ancêtre», selon la bénédiction que prononce le père au moment de la circoncision.
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