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"IGERET LIKHVOD CHABBAT" Lettre de chabbat n°5768-28
Par Rabbi Michel Liebermann Chabbat Tsav - Le fruit de la quête personnelle : réponses de l'homme et réponses du divin La Sidra de notre troisième Livre porte le nom même que celui-ci : Vayikra s'ouvre avec les versets suivants : « Et l'Eternel appela Moïse et lui parla de la Tente d'Assignation en ces termes : Parle aux Enfants d'Israël : un homme (Adam) qui approchera de [parmi] vous un sacrifice à l'Eternel, du troupeau de gros bétail, du menu bétail ou des volailles. sera accepté avec bienveillance [par l'Eternel] de sa part, pour le racheter.» Rappelons la situation dans laquelle le Texte apparaît : le Tabernacle est achevé et les prêtres sont appelés à leurs fonctions. Le Texte de notre semaine continue l'énumération des sacrifices, holocaustes et offrandes, qu'Israël apportera sur l'autel de l'Éternel. Dès le commencement, nous apercevons une distinction entre le sacrifice offert en entier, et celui partagé entre l'autel et l'homme. Le feu éternel « qui ne s'éteindra jamais » brûlera sur le sommet de l'autel. Aucune restriction ne doit exister, pour permettre même au plus humble en Israël d'apporter son hommage à son Créateur. En conséquence, l'offrande peut être un animal, une paire d'oiseaux ou même une simple poignée de farine blanche. Le sacrifice peut être motivé soit par la volonté d'expression d'une gratitude, soit en guise d'expiation, soit tout simplement en « offrande de paix », symbole d'harmonie entre l'humanité et Dieu. Le mode d'offrande varie suivant la nature de celle-ci. Mais c'est toujours le feu qui, finalement, consume une partie ou même l'ensemble du sacrifice. Différents cas de sacrifices obligatoires s'opposent au sacrifice volontaire, qui est toujours la plus parfaite concrétisation de la soumission du Juif à son Créateur. LA PRESSION DU PASSE : Quand un homme commence sérieusement le processus de le quête personnelle, il arrive qu'il ne ressente aucune culpabilité, au début, qu'il ait le sentiment d'être confortable dans sa vie quotidienne, et puis soudain remontent à la surface de sa mémoire tous les petits « loupés » et « indiscrétions » qui ont fonctionné dans son passé, même issus de son enfance. Cela peut remonter à un tel point, que pris en pleine figure, voire en plein cour, il exprime cette phrase connue chez le Psalmiste : "mon péché est continuellement devant moi." Ces éléments persistent et remontent en lui parce qu'ils n'ont pas été complètement bien réglés, parfois mal réparés, parfois pas travaillés du tout. S'ils avaient été rectifiés par un vrai travail, une introspection, une analyse, ces éléments auraient été effacés, et remplacés par un grand enthousiasme dans le service divin. Les maîtres du hassidisme enseignent : « Car quand une personne traverse "la vallée sèche de l'ombre de la mort" surgissant sur lui au moment de la séparation de l'Eternel à travers la faute commise, son désir d'être réuni à Dieu modifie et transforme profondément, justement grâce à la ferveur, la qualité du "repentir par le grand amour", repentir profond, sincère, travaillé jusqu'au bout, qui transforme "les péchés intentionnels en mérites « ze'houyot ." Mais cet art d'auto-examen lui indique que cela ne fonctionne pas comme cela pour lui-même. Ses péchés demeurent comme péchés dans sa mémoire. En somme, il n'a pas traversé le feu de la transformation par l'amour. « Avéra goreret avéra » la faute entraîne la faute suivante, tout s'enchaîne, même s'il ressent parfois la pression, les élans, des désirs de réparation. Ce n'est pas comme si son repentir pour les fautes commises dans le passé avait besoin seulement d'une touche finale pour son accomplissement, mais c'est plutôt comme si il n'avait jamais réussi à passer, voire briser la barrière entre lui et l'Eternel, justement à cause de ses actes créés dans le passé. Mais ceci peut lui donner un temps de pause, voire du recul. Par le sacrifice animal, tel que l'entendait la Torah, il se présente devant l'Eternel dans un acte de sacrifice, tentant d'être « près de », karov , avec tout son être, se rapprochant du feu divin lequel va le porter vers le haut, dans la proximité de l'essence divine. Et c'est là qu'il peut s'exprimer, et réellement c'est le moment le plus intense où il peut dire : Suis-je digne d'un tel acte ? Je sais que je suis imparfait, rempli de défauts. Cette tâche est au delà de mes possibilités, au delà de mon être ! Nos rabbis ont répondu à cette question : le sacrifice ne provient pas seulement de "vous" ; il dépend de "vous." Il est à la portée de chaque juif, quel que soit son présent et quel que fût son passé. De sorte que chaque juif a le droit de se demander, "Quand mes actes seront-ils à la hauteur de ceux de mes ancêtres ?" LE SACRIFICE D'EXPIATION : Chaque faute de l'homme entraîne des conséquences souvent incalculables pour toutes ses actions futures. Le repentir doit réellement faire rompre avec un passé mauvais, il ne doit plus laisser subsister de traces des facteurs qui ont entraîné l'homme sur la pente. Mais il est nécessaire que cette nouvelle phase soit précédée d'un examen de la situation morale présente et d'une conscience entière de l'amélioration de nos actes. Le sacrifice d'expiation est le symbole de cette volonté de reprendre la route vers les hauteurs. Il est, en particulier institué lorsque le Juif a failli à son devoir de membre responsable de la communauté, lorsque la justice, qui a besoin de l'apport du témoignage individuel n'est pas suffisamment aidée, par exemple, lors d'une déposition devant un tribunal. Le témoignage est un devoir et celui qui, sciemment, néglige de témoigner, se rend coupable. Il manifeste par son attitude, son indifférence pour le bien d'autrui (quand il s'agit du cas d'un délit matériel) ou du maintien de l'autorité de la loi (quand il s'agit d'un crime de droit commun). LE THEME DU FEU : une fois que l'animal a été examiné, et paraissant sans défaut, il doit être tué. C'est-à-dire, on ne détruit pas son corps, par contre on lui ôte la vie. Alors il est offert sur l'autel, ou bien il est consumé (dans certains cas, seulement la graisse, dans d'autres cas, c'est l'animal entier qui est consommé) par le feu envoyé en direction de l'Eternel. C'est le procédé pour des sacrifices physiques dans le sanctuaire, et il s'applique également au sacrifice intérieur au sein de la personnalité de chacun d'entre-nous. Une fois qu'on a placé les défauts dont on veut se débarrasser, "l'animal" doit être tué. On ôte la vie de son mauvais instinct, qui commande notre attitude physique et mentale. Cette énergie négative doit être réorientée. Le "corps," c'est-à-dire, les actes, demeurent. Mais leur motivation est maintenant complètement spirituelle, et est donc réorientée en donnant force à la vie du service divin. Ainsi dans le Talmud, Rava a indiqué : le "vin et les épices odorantes m'ont rendu sage." Faire ceci nous conduit à l'étape de la connaissance divine, comme dit le Psaume "Connais l'Eternel par toutes les voies » où chaque acte est en vue d'atteindre la sainteté, jusqu'à ce que chaque acte devienne lui-même saint. C'est le cas, par exemple, quand on mange et on boit à Chabbat. Ce ne sont pas simplement des moyens de sanctification du jour, ces attitudes sont commandées elles-mêmes en tant qu'élément de cette sainteté ; tout comme la laine composant le Tsitsit ; le cuir dans la confection des Tefillin ; ainsi chaque acte est appelé à être sanctifié à ce degré. Vient alors le moment "d'approcher." Le corps, "l'âme animale" est plongée dans le feu de l'âme, le feu qui représente pour les cabalistes l'amour de Dieu : "ses flammes sont les flammes du feu, la flamme de Dieu." L'amour dont parlent les Rabbis est comme "le feu du ciel ", il remodèle la force animale dans l'énergie fondue qui devient amour de Dieu. L'injonction du Chema Israël prend ici toute son ampleur et sa signification nous illumine : " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur" Les Rabbins ont demandé, ce que signifie "avec tout votre coeur?" Et ils ont répondu, "avec tes deux inclinations, tes deux penchants, le mauvais et le bon." Quand la puissance et la passion de l'homme normal se remplit de l'amour de Dieu, il devient l'homme spirituel, et le feu chez le juif fusionne avec l'autre feu, c'est la réponse du ciel. Et c'est ainsi que l'homme et l'Eternel sont dans le « rapprochement », proposé par l'acte du korban ( sacrifice et acte de rapprochement).
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