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"IGERET LIKHVOD CHABBAT" Lettre de chabbat n°5768-27
Par Rabbi Michel Liebermann

Chabbat Vayikra - Le sens du sacrifice

La Sidra de notre troisième Livre porte le nom même que celui-ci. Vayikra s'ouvre avec les versets suivants :

« 1. L'Eternel appela Moïse ; de la tente d'assignation, il lui parla et dit : 2. Parle aux enfants d'Israël, et dis-leur: Lorsque quelqu'un d'entre vous fera une offrande à l'Éternel, il offrira du bétail, du gros ou du menu bétail. 3. Si son offrande est un holocauste de gros bétail, il offrira un mâle sans défaut; il l'offrira à l'entrée de la tente d'assignation, devant l'Éternel, pour obtenir sa faveur. »

Nous voyons que ce Livre touche un univers délicat, difficile à comprendre avec notre compréhension du XXIe siècle. Il traite en effet du l'univers des rites du sacrifice d'animaux, les offrandes qui ont été faites dans le Sanctuaire à peine achevé, dans le second Livre, l'Exode, et le procédé qui les entourent. Le tabernacle achevé et les prêtres appelés à leurs fonctions, le texte sacré entame l'énumération des sacrifices, holocaustes et offrandes, qu'Israël apportera sur l'autel de l'Éternel. Dès le commencement, nous apercevons une distinction entre le sacrifice offert en entier, et celui partagé entre l'autel et l'homme. Le feu éternel « qui ne s'éteindra jamais » brûlera sur le sommet de l'autel. Aucune restriction ne doit exister, pour permettre même au plus humble en Israël d'apporter son hommage à son Créateur. En conséquence, l'offrande peut être un animal, une paire d'oiseaux ou même une simple poignée de farine blanche. Le sacrifice peut être motivé soit par la volonté d'expression d'une gratitude, soit en guise d'expiation, soit tout simplement en « offrande de paix », symbole d'harmonie entre l'humanité et Dieu. Le mode d'offrande varie suivant la nature de celle-ci. Mais c'est toujours le feu qui, finalement, consume une partie ou même l'ensemble du sacrifice. Différents cas de sacrifices obligatoires s'opposent au sacrifice volontaire, qui reste pour la Torah la plus parfaite concrétisation de la soumission du Juif à son Maître. 

UN TEMPLE ?

Que signifie-t-il pour nous aujourd'hui, quand il n'y a aucun Temple? Les deux Temples de Jérusalem ont été détruits, par les Babyloniens, puis par les Romains. Si j'affirme que de nombreux millions de Temples ne furent pas, et ne peuvent être détruits, de quoi parle-t-on ? C'est le temple que chaque juif possède en lui-même, l'endroit saint de l'âme, où le culte divin peut être mis en pratique et est rendu chaque fois que nous prions, invoquons l'Eternel, et pratiquons un acte juste et droit envers notre prochain, et envers l'Eternel. On pourrait dire que le judaïsme est invulnérable et indestructible parce qu'il a autant de sanctuaires qu'il y a de juifs.

LE SERVICE INTERIEUR  :

Mais quel est le service de ce sanctuaire intérieur ? La réponse se situe dans la paracha de cette semaine, où chaque instruction a une double signification : premièrement, pour guider les prêtres dans leur service, et deuxièmement, pour nous guider dans le nôtre. Le sanctuaire privé du présent est la contrepartie précise du s anctuaire public du passé. Regardons à travers l'acte du sacrifice, comment traduire le procédé sacerdotal ancien en termes d'actions portant aujourd'hui sur notre vie spirituelle. C'est un exemple classique de la puissance de transformation de notre compréhension des parties négligées de la Torah en images exactes et saisissantes du chemin de l'expérience religieuse.

« une offrande de vous » Au début de notre texte du Lévitique, de Vayikra (concernant les sacrifices), la Torah indique , « lorsque quelqu'un d'entre vous fera une offrande à l'Éternel » on peut également dire , « si n'importe qui d'entre vous. » . À première vue nous supposerions ainsi que l'expression « de vous » se rapporte à « n'importe quel homme » : lorsque quelqu'un d'entre vous fera une offrande à l'Éternel. Mais l'ordre des mots dans la Torah propose une autre lecture. La Torah précise chaque détail. Un mot apparemment mal placé doit posséder une signification particulière. La phrase doit se lire : « si n'importe quel homme apporte une offrande de vous » (mikem ) et l'implication est que le sacrifice doit être de vous-même.

Qu'est donc ce moyen ? Cette interprétation permet de se faire comprendre comme étant un commentaire sur la nature entière du sacrifice. Quand l'Eternel a commandé aux Hébreux dans le Désert de construire un sanctuaire pour l'Eternel, Il a dit : « et ils me feront un sanctuaire et je demeurerai au milieu d'eux ». Ce n'était pas simplement que l'Eternel demeurerait dans une Tente, ou encore un Temple, voire plus tard dans les synagogues ou autres lieux de cultes, mais à l'intérieur de chaque juif. Chaque juif a, d'une certaine façon, un sanctuaire en soi. Et chaque acte, chaque facette du sanctuaire physique, possède son équivalence dans le sanctuaire de l'âme. Donc il y a un acte centripète de sacrifice dans la vie du juif qui reflète avec précision l'acte extérieur qui a eu lieu dans le sanctuaire.

LES MOUVEMENTS D'ASCENSEUR  :

Même cet acte extérieur - impliquant le sacrifice physique d'un animal - était essentiellement spirituel. C'est pourquoi que l'on a eu besoin de la participation des prêtres (Cohanim) et de l'accompagnement des chants des Lévites. Le Zohar indique que « les Cohanim, dans leur service silencieux, leur désir était d'attirer (la présence divine) dans ce monde ; par contre, les chants et louanges des Lévites ont pour objectif d'élever (l'âme humaine et son sacrifice) vers le haut ». Le sacrifice physique était ainsi une rencontre spirituelle

LE VRAI SACRIFICE  :

Ainsi, en effet, est l'acte centripète du sacrifice, un vrai acte replié, orienté vers son soi le plus profond. Et c'est la signification de «  si n'importe quel homme apporte une offrande de vous... ». Dans la langue hébraïque, l'offrande, c'est le mot « korbane  » qui vient de la racine « karov », s'approcher, atteindre la proximité de quelqu'un, que remplace notre mot français «  sacrifice ». Immédiatement, il est possible de saisir l'idée qui doit s'en dégager. Ce que nous recherchons, c'est précisément cette proximité de l'Eternel, qui, seule, peut enlever à l'homme son écorce animale ; qui, seule, peut lui procurer la parfaite notion de sa destinée. L'acte du « sacrifice », pour aussi sanglant qu'il soit, est précisément déterminé par ce rapprochement de l'être animal qui est contenu dans l'entité humaine. En faisant monter au sommet de l'autel, l'animal de chair et de sang, c'est notre propre chair et notre propre sang qui reçoivent leur consécration par le feu pur et noble. C'est un riche symbolisme qui se dégage de tous les détails de l'acte du sacrifice. Et quand un juif souhaite approcher du divin, il peut procéder, par un acte lié au rituel du sacrifice à Dieu, au le don de soi le plus profond. Comme le dit la Torah, l'offrande doit être « de vous ». C'est bien du soi qu'il s'agit : « vous » c'est le sacrifice.

L'animal : La phrase continue :  «  il offrira du bétail, du gros ou du menu bétail  » Ainsi il y a deux sacrifices dans le sanctuaire de l'âme. Le premier est « de vous », de vous-même, votre « âme divine ». La seconde est  « du bétail  », de « l'âme animale », que constituent tous les désirs physiques, tous les instincts qu'un homme possède virtuellement en ayant un corps et en faisant partie du monde normal. C'est cette deuxième offrande qui est le but final du sacrifice : la sanctification et la réorientation de l' « animal » chez l'homme. C'est le but qui est suggéré dans le verset lui-même, et de ce qui suit. L'offrande « de vous » est décrite comme étant fait « au Seigneur  ». Mais dans le verset suivant, il est indiqué que l'offrande « du troupeau » sera «  devant le Seigneur». Cela signifie qu'elle atteindra un niveau plus élevé que « le Seigneur  ». Il s'agit ici de la dimension du Tétragramme, le nom en quatre lettres de Dieu. Un adage nous enseigne « beaucoup de choses augmentent par la force du boeuf  ». Quand la partie animale en l'homme est armée pour le service divin, l'homme possède la puissance de se rapprocher plus près de l'Eternel, et cela est bien plus fort que ce sa seule âme pourrait atteindre.

OU SE SITUE L'EXPERIENCE DIVINE ?

Apporter votre « vous », l'âme spirituelle, comme sacrifice, conduit l'homme seulement « au Seigneur », au niveau signifié par le nom marqué avec les 4 lettres. C'est en soi une expérience surnaturelle, mais pas encore une expérience divine : en tant qu'Etre, le divin se situant au delà de temps et changement. Par contre la sanctification "de l'âme animale" apporte une expérience du divin dans sa transcendance absolue comme l'enseigne le Zohar : « Lorsque l'autre côté (chez les cabalistes, on appelle cela "sitra a'hra" : les instincts normaux) est soumis, la gloire du Saint béni soit Il, est révélée dans tous les mondes ».

La recherche : Lorsqu'un animal allait être sacrifié sur l'autel, la première chose qui devait être faite, était de vérifier si cette bête était entière, parfaite, sans défaut. Seulement alors elle pouvait être offerte en sacrifice. Ainsi l'animal est dans le "schéma proche" de l'homme. L' «animal » à l'intérieur de soi, se doit être sans défaut avant que d'être sacrifié.

L'examination : La première étape est l'art de l'auto examen. « On recherche dans les cavités de son âme des crevasses, des défauts dans l'unité de son être ». Et après les avoir trouvées, on doit les redresser. La recherche doit être sincère, non pas faite mécaniquement, parce que liée à un rite du devoir. Toute l'intégrité spirituelle entière dépend de cela. Une fois qu'on réalise ce qui est en jeu, on ne cache plus ses défauts dans l'art de l' « auto déception » mais on profite de réparer tout ce qui est réparable.

Nous continuerons sur ce point lors du prochain commentaire.

 

 

 

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