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"IGERET LIKHVOD CHABBAT" Lettre de chabbat n°5768-26
Par Rabbi Michel Liebermann Chabbat Pekoude - Rendre des comptes "éllé péqoudéï haMichkan, Michkan ha-êdout - Voici les comptes du Tabernacle, du Tabernacle du témoignage " C'est le dernier texte du Livre de l'Exode : il rapporte les comptes méticuleux des matériaux employés pour l'édification du Tabernacle. Bien que ce texte puisse paraître aride, il est rempli d'éléments qui nous incitent à l'élévation spirituelle. La Paracha de la semaine passée (Vayakhél) suivie de celle de cette semaine gravitent autour de deux axes centraux: la construction du Michkan (le Tabernacle) et le respect du Shabbat. Le Tabernacle est un endroit privilégié où la présence de l'Eternel peut se dévoiler. Ce lieu, pour lequel on fait preuve des plus grands soins et de la plus grande sainteté pour sa construction, ne doit pourtant pas devenir la cause de la profanation du Shabbat. Dans la Torah, seul un travail interdit le Shabbat est mentionné: celui de ne pas allumer de feu dans nos demeures. Nos Sages, par la juxtaposition des thèmes du Tabernacle et de celui de l'observation du Shabbat, en déduisent que tous les travaux nécessaires à l'édification du Tabernacle seront également interdits le Shabbat. A priori, cela est très étonnant, car y a-t-il quelque chose de plus grand que de révéler la présence divine dans ce monde? La réponse, c'est que Shabbat, c'est le bâtisseur du temps. C'est lui qui dicte sa valeur sacrée et régularise le rythme journalier de chaque juif. Toute la vie quotidienne tourne autour du Shabbat. Les trois premiers jours de la semaine restent imprégnés de la sainteté du Shabbat précédent, tandis que les trois derniers la reçoivent du Shabbat à venir. Si le Shabbat venait à être repoussé pour la construction du Tabernacle, alors Israël serait déréglé et perdrait ses repères dans sa dévotion divine. LES EMANATIONS DE LA SAINTETE : Le Tabernacle reproduit dans sa structure, à une échelle infiniment réduite, la source universelle d'où émanent la vie et la bénédiction dans toutes les sphères de la création. Le Sanctuaire , accessible seulement aux Cohanim , les prêtres, comprenait la table recouverte d'or pur, la Ménorah , le chandelier à 7 branches d'or pur, et l'autel de l'encensement également recouvert d'or pur. Pour nous apprendre, écrit Rabbénou Bé'hayé (le célèbre commentateur médiéval), que du Tabernacle provenait la subsistance (symbolisée par la Table), la 'Hokhma (la Sagesse) (symbolisée par la Ménorah à 7 branches) et la sainteté (symbolisée par l'autel de l'encensement), mais l'essentiel est constitué par le Tabernacle du témoignage, qui contenait les deux Tables de la Loi, désignées sous le nom de " Tables du témoignage ", l'essentiel est la TORAH ! Le terme de "témoignage" appliqué à la Torah, ou aux Tables de la Loi qui la représentent, est pris par Rachi dans ce sens : "Elle est le témoignage établi entre nous que Je vous ai ordonné les lois qu'elle contient" Nos rabbis ont enseigné que Moïse fut soupçonné quant à l'emploi des dons, c'est pourquoi il donna un compte précis de leur emploi. Il faut croire que seul tout ce qui touche à la sainteté nécessite de rendre des comptes. Lorsqu'un gouvernement investit dans des institutions qui n'ont rien à voir avec l'esprit du Judaïsme, on appelle cela culture, art ou liberté d'expression. Mais dès qu'il s'agit de l'étude de la Torah ou de la construction d'un Miqvé, (un bain rituel) ou de la construction de bâtiments communautaires, c'est un concert de voix qui s'oppose à tout investissement dans le domaine du sacré. LES CONSEQUENCES DU MONDE DU BUSINESS : Nous n'avons aucune assurance quant aux biens de ce monde dont nous disposons ; une malencontreuse opération financière peut déposséder de ses biens l'homme le plus prévoyant qui soit. Ce que nous possédons vraiment consiste en notre connaissance du bien et en nos enfants. UN ARGUMENT HISTORIQUE : Vous rappelez vous de Don Itshak Abravanel, le célèbre commentateur du XVe siècle, qui fut ministre des finances du roi Alphonse V du Portugal, puis du couple royal de Castille et d'Aragon, Ferdinand et Isabelle. Les ministres de la cour, envieux du prestige dont il jouissait, finirent par ébranler la confiance du roi en lui signalant jour après jour que la richesse de ce rabbi, lequel ne pouvait provenir que de prélèvements du trésor royal qu'il gérait. Le roi lui ordonna alors de lui présenter une liste détaillée de ses biens. Don Itshak Abravanel en fit le compte et le présenta au roi : tant de ducats. « Majesté, lui dit Don Itshak Abravanel, vous m'avez demandé ce que je possède. Les terres et autres biens ne m'appartiennent pas ; ils peuvent perdre leur valeur ou m'être ôtés par la volonté du roi. Le chiffre que vous avez sous les yeux a été versé pour venir en aide aux nécessiteux et aux institutions de Torah ; c'est ce qui m'appartient vraiment, et personne au monde ne peut m'en déposséder ». Dans un autre domaine, et dans un autre temps, notez bien qu'un des Grands de notre génération s'est un jour exprimé ainsi : « je vois combien de gens s'investissent entièrement dans leurs occupations matérielles, pour le bien de leurs enfants et afin de leur procurer tout ou plus que ce dont ils ont besoin. Et mon cour s'attriste, à cause de l'éducation qu'ils reçoivent, et parce que je sais que dans une quinzaine d'années, ces enfants quitteront le nid pour mettre en pratique les principes étrangers à l'esprit du Judaïsme qui leur ont été inculqués dans les établissements laïques. » Ce que je désire dire par cela, c'est que si vous voulez que votre enfant reste le vôtre, qu'il vous respecte et qu'il témoigne de son appartenance au peuple juif, guidez-le dans et à travers un enseignement qui lui procurera la connaissance de sa culture et de ses racines, les traditions juives sont si belles et porteuses de vérité et de sincérité. En agissant ainsi, en lui donnant une éducation juive, un accès à une étude intelligente de nos valeurs, telles qu'elles sont vécues au sein de notre Talmud Thora, dirigé de main de maître avec beaucoup de cour et d'abnégation par nos responsables communautaires, votre enfant vous en sera reconnaissant et vous, les parents serez fiers de la profondeur juive acquise. C'est seulement si nous plaçons tous nos enfants, la jeunesse de notre peuple, dans "le Tabernacle du témoignage ", qu'ils resteront fidèles à l'héritage de nos Pères, qu'ils sauront respecter leurs parents et maîtres, et qu'ils seront la pierre précieuse de la famille juive. QUESTION DE PAS ET DE PRESENCE : Un homme fit un rêve, il se promenait le long d'une plage. Cette brave personne ressentait que l'Eternel était avec lui... Les évènements de sa vie se déroulaient devant ses yeux et à chaque scène correspondait une double paire de pas dans le sable. Voilà ce qu'il voyait et ce qu'il se représentait : deux pas représentaient les siens et les deux autres, ceux de l'Eternel. Lorsque les dernières images de son passé eurent fini de défiler devant lui, il se mit à contempler les traces de pas laissées sur la grève, et remarqua qu'en maints endroits il n'y avait qu'une seule paire. Il constata aussi que cette trace unique correspondait précisément aux moments les plus sombres de son existence. Etreint par l'angoisse, il se mit à interroger l'Eternel. "Mon Dieu, tu m'avais assuré que tu te tiendrais à mes côtés dès lors que je marcherais dans tes voies ! Or je ne vois qu'une seule paire de pas aux périodes les plus pénibles et les plus douloureuses de ma vie. Pourquoi, alors que j'avais tant besoin de toi, m'as tu abandonné? " Des profondeurs du silence, la Voix divine lui répondit : "Mon fils, mon enfant bien-aimé, je t'aime et je ne t'abandonnerai jamais. Si aux périodes d'épreuves et de souffrances tu n'as décelé qu'une paire de pas, c'est parce que JE TE PORTAIS DANS MES BRAS ! "
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