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"IGERET LIKHVOD CHABBAT" Lettre de chabbat n°5768-23
Par Rabbi Michel Liebermann

Chabbat Tetsave

Tetsavé où l'on s'étonne de l'absence du nom de Moïse

Résumé de notre texte : Après avoir donné des ordres pour la construction du sanctuaire, la Torah poursuit en précisant les ornements et les vêlements de ceux qui doivent le gérer en étant d'une façon permanente à son service. Parmi eux, le grand prêtre occupe une place particulière, le premier en titre, c'est Aaron, le frère de Moïse. Ses vêtements illustrent son importance capitale et son rôle tout à tait exceptionnel. Choisi parmi ses frères pour ses qualités de sagesse, de piété, de beauté et d'indépendance.

VETEMENTS ET PROTOCOLES  : Ses vêtements sacerdotaux sont au nombre de 8, à savoir : le pectoral, plaque incrustée maintenue sur la poitrine par des cordons, l'éphod en forme de boléro fermé sur le devant, le manteau, le pantalon, le turban, la ceinture et la plaque frontale. De ces 8 vêtements, 4 sont également portés par ses frères, les prêtres : le pantalon, la robe, le turban et la ceinture. Aucun d'eux ne porte de chaussures ou de pantoufles. C'est les pieds nus que le prêtre accomplit son service. Des cérémonies spéciales sont prescrites pour accompagner l'installation des prêtres. Pour conclure, le texte nous décrit le dernier objet qui figure dans l'enceinte du sanctuaire : l'autel en or, destiné à recevoir l'encens sacré, hommage suprême de la nation, uniquement réservé à des occasions particulières.

L'ABSENCE DU NOM DE MOISE : Nous pouvons nous étonner de l'absence du nom de Moïse dans notre texte. Depuis la naissance du guide d'Israël, le nom de Moïse apparaît dans tous les textes sauf dans Tétsavé. Il n'y a pas de hasard, et ce serait une curieuse coïncidence que Tétsavé soit toujours lu lors de l'anniversaire de Moïse, comme pour nous dire, bien que son nom ne soit pas mentionné, Moïse est omniprésent. On a l'habitude de mentionner le titre avant le nom. Par exemple Rabbi Aqiba, Rabbénou Béhayé... Pourquoi disons-nous Moché Rabbénou, en mentionnant le nom avant le titre c'est à dire en disant « Moïse notre Maître » au lieu de « notre Maître Moïse »?

CONTEXTE HISTORIQUE / Moché a été très affecté par l'épisode du veau, qui lui confirmait que son action ne concernait guère Israël. Mais il a refusé la proposition de D.ieu : détruire le peuple, et constituer une nouvelle famille humaine à partir de lui. Il s'est refusé absolument à cette solution , et il a demandé à Dieu, au cas où il l'adopterait tout de même, de l'« effacer de son livre ». La parole du sage, du juste, compte. En particulier, la force de Moché est dans sa parole, comme le montre Rabbi Mordekhaï Leiner : "De la même manière que la parole de Jacob, relative aux mandragores, a condamné Rachel à mort, celle de Moché voit son nom effacé, non de la Torah, mais de la paracha de Tetsavé, la seule des trois livres médians dont son nom est omis. Pourquoi cette paracha, et non une autre ? Elle contient les lois relatives à « l'habillage du cohen », ces 10 vêtements mystérieux qui accompagnent les Cohanim, leur permettant de se présenter dans une dignité plus grande que la leur. »
Moché répugne à tout artifice. Le vêtement qu'il porte, selon le Talmud, est un vêtement blanc sans couture. Sans poches, donc. Il entend répondre, par avance, aux insinuations relatives à son enrichissement à partir de sa mission. D'une certaine façon Moïse n'est pas le chéri du peuple d'Israël, il n'est pas aimé de lui. Moïse sait que le peuple lui préfère Aaron, aux principes. bien plus souples. Au point que son frère, qui a fait le veau, est beaucoup plus proche du peuple que Moché.

LINGUISTIQUE  : En vérité, Moïse aurait dû s'appeler Machouy, au passif, comme le proclame Bityah la fille du Pharaon "car je l'ai tiré des eaux". Bityah a eu un éclair prophétique en l'appelant Moché, celui qui délivre son peuple. En le sauvant des eaux, Bitya savait que son enfant adoptif deviendrait le sauveur d'Israël. Pour maquiller son geste et ne pas entrer en rébellion ouverte contre son père Pharaon, elle disait à qui voulait l'entendre " je l'ai appelé Moché parce que je l'ai tiré des eaux " afin de ne pas éveiller l'attention sur l'étymologie réelle de Moché et sur son destin extraordinaire. Moché n'est devenu le Maître d'Israël, son tuteur et son enseignant qu'à partir de la Révélation sur le Mont Sinaï, au moment où il a remis la Torah aux enfants d'Israël. Le nom traditionnel donné à Moïse en hébreu (nous disons bien "Moché Rabbénou") tient compte de cette chronologie : d'abord le sauveur, ensuite le Maître, l'éducateur. Le nom de Moché témoigne aussi du degré de lumière divine auquel s'est élevé le libérateur d'Israël.

L'IMPORTANCE DE LA PAROLE : Un proverbe populaire dit " al tiftah pi laSatan" "n'ouvre pas la bouche au Satan" c'est à dire "n'annonce jamais  de mauvais présages". Tout en refusant la superstition, les rabbis attirent notre attention sur l'importance de la parole. La parole en soit est créatrice comme elle peut être destructrice.

LE FRUIT DE LA PAROLE : Distribuez des paroles encoura- géantes autour de vous et vous verrez s'épanouir ceux à qui elles s'adressent. Si vous proférez des remontrances ou des paroles méchantes, vous verrez se refermer sur eux-mêmes les personnes qu'elles visent.

DIALOGUE PARENTS - ENFANTS  : Le comportement de nos enfants dépend souvent de la manière dont nous nous adressons à eux ou de la manière dont nous les tenons en estime. Lorsque l'enfant sent qu'il est l'objet de notre confiance et de notre respect, il donne le maximum de lui-même. Ce qui est vrai de l'enfant, l'est tout autant de l'ouvrier ou de l'employé par rapport à  son patron et du chef d'entreprise par rapport à son conseil d'administration.

UN DIALOGUE COMPLEXE  : Ainsi, lorsque Moïse voulut intercéder en faveur du peuple d'Israël, il eut une parole malheureuse. Le peuple venait de s'adonner au culte du Veau d'or et de susciter la colère divine. L'Eternel décide alors d'exterminer ce peuple. A peine a-t-il reçu la Torah que déjà, il la trahit, parce que son guide Moïse tarde à redescendre de la montagne . Alors Moïse dit à l'Eternel : "Si tu effaces ce peuple, efface-moi également de Ton Livre que Tu as écrit". Aucune parole ne demeure lettre morte  ; même spontanée et irréfléchie, toute parole se réalise d'une certaine manière. Bien que l'Eternel ait pardonné à Moïse, cet incident eut pour conséquence, l'omission du nom de Moïse dans le texte de Tétsavé.

L'HOMMAGE A L'HUMILITE  : Comme nous dit le verset "L'homme Moïse est le plus humble que la terre ait jamais porté" . L'humilité est la qualité essentielle de Moïse. Nous en avons l'illustration en maintes occasions. Or, notre texte Tétsavé est consacré également aux habits du grand prêtre. Bien qu'étant le chef du peuple, Moïse se tient à l'écart, par modestie, pour laisser à Aaron le devant de la scène. Tout en supervisant les travaux, il demeure dans l'ombre et s'efface ainsi devant son frère. Il savait que le sacerdoce serait confié à Aaron. Dans son ardeur à vouloir servir l'Eternel, il aurait pu en concevoir de la jalousie. Moïse prouvera ainsi qu'il est un grand homme et un véritable serviteur de l'Eternel. Le fait de s'effacer ne diminue en rien sa grandeur.

UNE LECON POUR TOUS : Le monde serait tellement plus serein si chaque homme se contentait de la mission qui lui est impartie ici-bas, sans qu'il sente le besoin d'aller empiéter dans le domaine de son voisin. L'humilité de Moïse a d'abord consisté dans le respect de la vocation d'Aaron, sans en ressentir le moindre ressentiment ni la moindre jalousie. Et malgré l'absence de son nom, la personnalité de Moïse est omniprésente.

 

 


 

 

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