Michpatim : Comment s'éloigner du mensonge ?
La sidra " MICHPATIM " comporte 52 Commandements (" Mitsvot ") - 23 positifs et 29 négatifs - qui traitent de lois civiles et sociales : les droits de l'homme, la responsabilité, la justice égale pour tous, les devoirs vis-à-vis des pauvres, de la veuve et de l'orphelin, la compassion à l'égard des animaux, le rejet de l'idolâtrie. Aucun aspect d'une vie sociale harmonieuse et juste n'est occulté par la Torah. C'est pour cela que le CHABBAT consacré au repos et à l'étude de la Torah, constitue LE " SIGNE " CARACTERISTIQUE DU JUIF. Pour le Judaïsme, le travail n'est pas un vice, mais l'Éternel a réservé à son peuple yom menou'ha oukedoucha, "une journée de repos et de sainteté", le CHABBAT, cette "fiancée" du peuple d'Israël.
QU'EST CE QUE LE MENSONGE : Nous voici dans un texte comprenant 52 préceptes. C'est le monde du droit social, mais aussi des relations interpersonnelles. Parmi les diverses lois de cette paracha, il en est une qui est fondamentale pour l'application de l'ensemble de toutes les autres, que le vers
et énonce ainsi : "De toute parole de mensonge tu t'éloigneras." Il y a lieu de se demander ce qu'on appelle cheker "la parole de mensonge" et jusqu'à quel point il faut s'en éloigner. Si le terme de mensonge vient pour désigner les paroles de l'individu qui parle, dit ou enseigne une chose qui n'est pas, cela paraît évident. Pourtant à travers les paroles des rabbis, nous allons voir à quel point nous sommes loin de la vérité. Et savons-nous vraiment ce qu'est le mensonge ?
PAS DE FAVORITISME : Le Talmud développant la fête de Chavou'ot, les rabbis posent la question "D'où sait-on que lorsque eux personnes viennent au tribunal pour une affaire, l'une étant revêtue pauvrement et l'autre recouvert d'habits de grande valeur, nous devons demander à cette dernière de se revêtir comme son protagoniste afin de ne pas provoquer de jugement en sa faveur ? Parce que le verset dit justement : "De toute parole de mensonge tu t'éloigneras." Réfléchissons bien : Ce texte nous indique que les juges doivent se dire cela car ils pourraient favoriser celui qui porte de beaux habits par rapport à son adversaire pauvre, ou l'inverse : les juges prendraient "en pitié" celui qui est revêtu de haillons et le favoriser....
Ce texte concerne bien chaque juge, même celui qui est doté d'une stature et d'intégrité comme Moïse. La Torah nous décrit Moïse se préparant avec toute sa sainteté et son sérieux à porter un jugement de la plus stricte justice. Ce jugement est comparé à la "création du ciel et de la terre", et nous voyons ici, que Moïse applique la recommandation faite à chaque juge de ressentir, lors de son jugement, "une épée suspendue entre ses épaules et l'abîme de l'enfer étalé à ses pieds."
RESPONSABILITES ET CRAINTES DANS LE JUGEMENT : Et c'est bien à un tel juge, imprégné de la crainte due à la présence divine dans chaque tribunal, et qui cherche de toutes ses forces à porter un jugement équitable sans léser personne, que se présentent ces deux protagonistes dont il sait que celui qui porte un bel habit est riche et puissant et que l'autre est un pauvre mendiant qui frappe aux portes. Or, une autre exhortation est donnée aux juges face à une telle situation dans le verset : "Vous ne craindrez aucun homme." Il est donc clair que notre juge s'est préparé à ne pas ressentir plus de considération ou de respect envers l'un des protagonistes qu'envers l'autre. N'est-il pas étonnant qu'après tout cela, quand le riche se tient devant lui avec son bel habit, et le pauvre dans ses guenilles, nos rabbis font raisonner à ses oreilles : interdiction absolue pour toi de les juger ainsi car tu te rapproches du mensonge en les voyant dans leurs habits et il y a lieu de craindre que tu favorises le riche. Et il est vraiment stupéfiant de voir que nos rabbis viennent secouer un tel homme, juste et pieux, en pleine conscience de la situation de ceux qu'il va juger et qui lutte déjà lui-même pour ne pas se laisser influencer, et l'avertissent qu'il est au bord du précipice, où il pourra tomber s'il les juge tel quels, et lui crient : "Fuis de là et ne les juge pas ainsi, tel que le verset te le dit : "Tu t'éloigneras de toute parole de mensonge."
PAS DE FAVORITISME : Et tout cela pour quoi ? Il faut en déduire que les rabbis ayant vu au plus profond de chacun et dévoilé ses tendances les plus secrètes savent que tout homme, même le plus intègre, tant qu'il juge avec ses yeux de chair et de sang et voit devant lui une belle parure et un vêtement usagé, toute son équité et intégrité ne suffisent pas à écarter le risque que la belle parure ne lui aveugle les yeux et qu'il fasse pencher à cause d'elle, la balance. Jusque-là va l'impact du regard. Plus encore, ce juge n'a ni remède ni solution pour déraciner tout favoritisme, ni par une compréhension profonde de la nécessité de juger avec droiture, ni par une mise en garde sur la honte et les conséquences terribles d'un faux jugement, ni par des supplications envers l'Eternel pour qu'Il le sauve de l'erreur car tous ces moyens n'empêcheront pas ses yeux de se laisser éblouir par l'éclat d'un habit : l'unique conseil est de demander au propriétaire de la belle tunique de se revêtir comme son protagoniste ou inversement. Sans cela, le juge le juge ne sera pas éloigné de tout velléité de mensonge.
Nous pouvons encore approfondir le sujet : voilà donc notre juge qui écoute sans hésiter ces exhortations et ordonne leur application et voilà le riche et le pauvre vêtus pareillement. Il est alors permis au juge de juger et la Torah lui garantit qu'il s'est bien éloigné de toute trace de mensonge et qu'il trouvera la vérité. Nous restons stupéfaits devant ce phénomène : où s'est envolée toute la crainte de pervertir le jugement ? L'image du pauvre en guenilles n'est-elle pas encore présente à ses yeux derrière la tunique empruntée pour un bref instant ? Ou inversement, le souvenir de la belle parure du riche, a-t-il pu disparaître lorsqu'il voit celui-ci habillé pauvrement ? L'un s'est-il enrichi ou l'autre appauvri soudainement ? Certainement pas, et notre juge en est convaincu. Mais ainsi a décidé la Torah. Son auteur est le Créateur qui nous enseigne par là la vulnérabilité de chacun. Même un esprit brillant et un cœur désintéressé peuvent être aveuglé par le simple éclat d'une boutonnière, et inversement, dès que cette vision de richesse est écartée de lui, il est conforté dans sa volonté de justice. Il n'y plus de crainte à avoir du moment que ses yeux ne voient que deux habits semblables. Ainsi voient les yeux de chaque homme.
VISIONS TROMPEUSES ET FUGITIVES : Nous venons ainsi de voir que la recommandation de la Torah de s'éloigner de tout mensonge ne concerne pas seulement le gros mensonge qui s'étale devant chacun. Il s'agit aussi de s'éloigner de toute vision trompeuse, y compris de son propre regard. Et même le regard pur d'un grand de la génération qui de toute sa vie n'a pas regardé plus loin que les quatre coudées qui l'entourent, et s'est investi uniquement dans l'étude de la Torah, même un tel regard est trompeur et mensonger et peut inciter à favoriser quelqu'un par rapport à son prochain vêtu de haillon. Ainsi, toute personne sensée et ayant du cœur sera d'une part effrayée par sa terrible vulnérabilité et les lourdes conséquences qui en découlent et d'autre part peut se sentir remplie d'une joie immense et de reconnaissance envers son Créateur. C'est exactement ce que nous disons au moment de monter pour lire dans la Torah : « achèr ba'har banou mikol ha'amim, venatan lanou èt torato » qui nous a choisi parmi tous les peuples et nous a donné Sa Torah" pour nous montrer les chemins à suivre. Mais également ce protocole des Mistvot est présent afin de nous aider à nous écarter de toutes les embûches. Ainsi, puissions-nous tous suivre la voie de la vérité et de la conscience et contribuer au bien-être de notre humanité qui en a tant besoin.
THEORIE OUI, LA PRATIQUE, ENCORE PLUS : Tout ce qui précède converge autour de l'affirmation que rien ne marque plus que l'expérience vécue. Un homme peut avoir toutes les connaissances théoriques d'un sujet et être même un expert, s'il ne l'a pas ressenti intérieurement, ces théories ne le transformeront pas et n'agiront pas tellement sur lui. Les connaissances théoriques doivent être profondément intégrées par chaque Juif à travers son vécu. La Torah doit être vécue ! Ceux qui prétendent détenir la foi se passant de toutes les Mitsvot, considérant que tant qu'ils croient en Dieu cela suffit, font une grossière erreur. Seule la pratique et un judaïsme vécu profondément et pleinement peut être authentique.
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LE PRIX DU LIBRE ARBITRE : Nous avons souvent tendance à penser à une sorte « d'arrangement » avec l'Eternel : en ce qui concerne les détails les plus infimes de la vie quotidienne, nous prenons nous-mêmes les décisions, et quand il s'agit de grands problèmes, nous les confions à l'Eternel . Le but de la création, le sens de la vie, ce sont des choses que l'Eternel a décidées et que nous ne pouvons espérer comprendre et encore moins influencer.
Notre Tradition nous enseigne tout le contraire ! A propos des « fais » et « ne fais pas » de la vie quotidienne, la Torah nous présente une liste détaillée d'instructions. Bien sûr, nous avons le libre choix. Mais à ce niveau " le libre choix " ne consiste pas à déterminer comment les choses devraient être, ni à décider ce qui est bien et mal. Cela signifie simplement que nous pouvons choisir d'obéir à la Volonté Divine, mettant alors nos vies en harmonie avec le mode que le Créateur de la vie a défini, ou bien nous pouvons choisir d'y désobéir. Ce dernier choix est, de toute évidence, si imprudent et destructeur que l'on est enclin à arguer qu'il est difficile de le considérer comme un " libre choix " ! (d'un autre côté, on peut avancer que c'est là l'ultime liberté : la liberté d'agir même contre notre propre intérêt et désir intrinsèque !).
En tout état de cause, ces " détails infimes " sont la prérogative de l'Eternel. Mais quand on en vient aux questions essentielles comme « qui sommes-nous ? » ou « pourquoi sommes-nous là ? », l'Eternel vient alors nous dire : « cela dépend de vous ». Et quelle que soit la façon dont vous définissez votre raison d'être et votre relation avec Moi, cela deviendra votre vérité. C'est comme cela que Je vous considérerai et Me lierai à vous.