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"IGERET LIKHVOD CHABBAT"Lettre de chabbat n°5769-17
Par Rabbi Michel Liebermann

Paracha Yitro...

La révélation pour un peuple

Le judaïsme se distingue des autres religions révélées par le fait qu’il place au centre de la révélation la Torah, la « Loi ». Non qu’il faille confondre Loi et légalisme: à côté des prescriptions religieuses, éthiques et sociales, la Torah ne cesse de parler, à travers les récits qui la composent, du «Dieu unique», maître itrode l’histoire et créateur des cieux et de la terre, et cependant proche de toutes créatures qui l’invoquent en vérité. Mais il est vrai que la Torah (et déjà, en son noyau originel, le Décalogue) se présente comme un code, un impératif; elle est un ensemble de commandements (mitsvot) qui culminent dans l’appel à la sainteté, règle de l’éthique personnelle, dans l’obligation de la justice, qui s’impose à l’ensemble de la société, dans la requête de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain, qui englobent toutes les autres exigences. Son message ne répond point d’abord à la préoccupation du salut personnel, mais à la conscience d’une élection collective au service du reste des humains, à l’intérieur d’une histoire où l’homme se fait le partenaire du divin dans le cadre de l’Alliance (Berit) : «Et maintenant si vous écoutez ma voix et si vous préservez mon Alliance, vous serez pour moi un peuple élu parmi tous les peuples, car toute la terre m’appartient. Vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte» (Exode XIX, 5-6).
Durant toute son histoire, le peuple juif n’a cessé, au long de l’élaboration et de l’étude de la Torah et par sa mise en œuvre dans le réel, de rester obstinément fidèle, jusque dans ses infidélités, aux implications de la voix qui a retenti au Sinaï et dont Moïse fut le premier interprète. La Promulgation de la Loi au Sinaï transforme le peuple à peine sorti de l’esclavage égyptien en « peuple élu », en « royaume des prêtres. » Toute une masse s’élève en un clin d’œil à la hauteur spirituelle et morale de la plus parfaite élite.

HONORES TES PARENTS :
Parmi les commandements de la première table, parmi ceux ayant trait aux relations entre l’Homme et son Créateur, figure aussi le 5e commandement, celui qui, à première vue, n’a pas de lien direct avec les sphères célestes supérieures. Il semble n’être que le principe le plus important de la vie sociale, de la famille : « Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que l’Eternel ton Dieu t’accordera. » (Exode XX, 12) Ce commandement établit les bases morales de la société. Celle-ci ne saurait exister sans que les jeunes générations respectent ceux à qui ils doivent leur vie, leur formation et parfois aussi, leurs biens. Cependant, en analysant ce précepte si important de nos jours où tant de valeurs sont négligées voire même foulées aux pieds, alors que des jeunes en viennent à se plaindre d’avoir à entretenir ou à soigner leurs parents tombés dans la dépendance, allant parfois jusqu’à les maltraiter, on est frappé par un détail : pour quelle raison, dans l’ensemble des commandements du Décalogue, celui relatif au respect envers les parents est-il assorti d’une promesse de récompense, en l’occurrence la longévité sur terre ? Pourquoi le Deutéronome souligne-t-il le fait que c’est l’Eternel qui nous a prescrit cette obligation ?

LA VALEUR DE CE PRECEPTE :
Les rabbis sont d’avis que ce précepte fait partie à la fois des relations à l’Eternel et des lois relatives à la société. Il est écrit : « Honore ton père et ta mère. » (Exode XX, 12) et il est dit : "« Honore l’Eternel avec tes biens. » (Proverbes III, 9)" Cela nous montre que la Bible met sur le même plan, le respect dû aux parents et celui que nous devons au Créateur. (Kidouchine 30 b)
ABRAVANEL pense que la Mitsva relative aux parents concerne en même temps l’Eternel car Il est « le père de l’Univers ». C’est pour cette raison qu’il figure sur la première Table. Selon cet exégète, son importance est primordiale. En effet, il fixe l’ordre de toute société humaine et se rapporte à toute autorité spirituelle, aussi bien à celle des anciens, qu’à celle des prophètes et des juges. La récompense est de deux genres : « éternelle et immédiate. Eternelle, car elle émane du plan divin ; immédiate, en raison de sa portée pédagogique ». En effet, l’attitude que nous adoptons vis-à-vis de nos parents, sera, pour la plupart, celle que nos enfants auront à l’égard de nous-mêmes. Dans notre société en crise, nous voyons bien trop souvent combien cette valeur qu’est la famille avec ses droits et ses devoirs, constitue assez souvent un objet de conflits, de tortures morales envers ceux à qui nous devons pourtant beaucoup sinon tout.

L’OBEISSANCE :
En parlant de cette obéissance due aux parents, on doit y inclure l’acceptation de la tradition qu’ils ont pour devoir de nous transmettre. C’est dans ce sens également que les enfants auront la récompense d’ordre moral. Tel est aussi l’avis de IBN EZRA. Nous pouvons effectivement trouver une analogie entre la récompense annoncée ici (surtout telle qu’elle est formulée dans le texte du Deutéronome) et celle qui clôture le 2nd paragraphe du CHEMA. « Alors la durée de vos jours et des jours de vos enfants, sur le sol que l’Eternel a juré à vos pères de leur donner, égalera la durée du ciel, au-dessus de la terre. » (Deutéronome XI, 21). On peut déduire de ce passage, comparable au nôtre, que la longévité (promise à titre de récompense terrestre ou éternelle), est une conséquence d’une observance harmonieuse des principes essentiels de la Torah dont font partie l’unité de l’Eternel et la fidélité au Créateur, conséquence aussi du respect que nous portons à ceux qui, par Sa volonté, nous ont donné la vie. Aussi, le Talmud considère-t-il que l’observance de ce précepte procure la joie temporelle et la jouissance éternelle (Peah I, 1). Le devoir envers les parents est d’ailleurs plus strict que le devoir envers l’Eternel. « Grand est le précepte d’honorer les parents, puisque le Saint, Béni soit-Il, y attache même plus d’importance qu’à l’honneur qui lui est dû. Il est écrit : « Honore ton père et ta mère », et aussi : « Honore l’Eternel avec tes biens ». De quelle manière peux-tu honorer l’Eternel ? Avec ce qu’Il t’a accordé, par exemple en accomplissant des lois relatives à la gerbe à laisser, au coin du champ, aux dîmes, à la charité envers le pauvre, etc. »

STRATEGIES :
Si tu possèdes les moyens de te conformer à ces Mitsvot, fais-le, mais si ces moyens te manquent, tu es délié de cette obligation. Il n’en va de même de l’honneur dû à tes parents. Que tu en aies ou non les moyens, tu es obligé d’accomplir le commandement, serais-tu un mendiant qui va de porte en porte. Le seul cas où l’honneur à rendre à l’Eternel dépasse celui dû aux parents, c’est lorsque l’obéissance aux parents entraînerait le non-respect d’un commandement divin. On pourrait penser que même si un père ordonnait à son fils de ne pas restituer un objet trouvé qu’il a trouvé, le fils serait tenu de lui obéir, ou d’enfreindre la sainteté du Chabbat pour respecter la volonté paternelle ; aussi, convient-il d’enseigner ce texte : « Chaque homme doit RESPECTER sa mère et son père, et observer mes sabbats » « Lévitique XIX, 3).

SOLIDARITE :
« Chacun de vous est également lié par l’honneur qui m’est dû. » (Yevamot 6 a). Ces textes peuvent nous aider à trouver des solutions pacifiques lorsque surgit dans nos familles un conflit de générations, en particulier lorsque les enfants opèrent un véritable retour vers la tradition religieuse, sans que les parents ne comprennent l’importance d’une telle démarche. C’est assez souvent le cas de nos jours. Sans vouloir diminuer en rien l’autorité paternelle, celle-ci doit cependant admettre qu’il y a heureusement des jeunes désireux de donner un sens nouveau et plus exaltant à leur mode de vie. C’est donc affaire de compréhension et de respect mutuel. En toutes choses, il faut savoir éviter les excès. Nous verrons alors que le Judaïsme a toujours été d’avant-garde.

 


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