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"IGERET LIKHVOD CHABBAT"Lettre de chabbat n°5770-14
Par Rabbi Michel Liebermann Paracha Bo : lorsque l’obscurité nous envahit ![]() A travers le commentaire de cette semaine, il nous est donné l’occasion d’éclaircir des points liés à notre liturgie quotidienne. Je me rappelle, comme beaucoup d’enfants d’ailleurs que nous allions dormir en demandant aux parents de garder une petite lumière allumée. En tant qu’adultes nous préférons rentrer à la maison en traversant des rues pas totalement obscures. En somme, nous avons gardé une peur ancestrale, nous craignons ce que nous ne pouvons pas voir. VEHOU RA’HOUM : C'est pour cette raison que nous commençons la prière du soir avec la récitation d'un verset à extrait du Psaume 78 : vehou ra’houm ye’hapér avonn… "Mais Lui, le compatissant, expierait le péché, et ne le détruirait pas ; il tournerait à plusieurs reprises en arrière sa colère, et ne réveillerait pas son plein courroux". Car l'obscurité de la nuit nous enveloppe, nous affirmons la proximité de l’Eternel. Dieu ne se retire pas au coucher du soleil. Nous entonnons l’office de ma'ariv seulement après l’apparition de trois étoiles. L’officiant commence par le « barkhou », l'appel à louer l’Eternel dans un minyan. Pourtant avant cet appel à la prière, nous récitons doucement pour nous-mêmes le vehou ra’houm… Le verset est là pour ôter notre inquiétude au moment de l’apparition du début de la nuit. Il nous propose l'opposé de ce que nous craignons. LA PEUR DE LA NUIT : Regardons la richesse de l’allégorie que nous proposent nos sources. Selon le Midrash, la première fois que le père de l’humanité, Adam, a éprouvé la tombée de la nuit, il a été pris d’une grande crainte. Cela s’appelle en hébreu pa’had layla. Que le premier chabbat que l’Eternel a nouvellement créé dans ce monde avait duré tant d’heures. Pendant que le chabbat finissait, Adam craignait que sous le couvert de l'obscurité son ennemi mortel, le serpent, ne lui fasse du mal. Pour soulager sa crainte, l’Eternel a fourni à Adam deux silex à partir desquels il a produit le feu. Pendant la cérémonie de la havdala, qui marque la fin du chabbat, nous nous rappelons toujours l'acte d'initiale de la créativité humaine en disant une bénédiction spéciale au-dessus du feu, reconnaissant ainsi que c’est Dieu qui a permis à Adam d'absorber l'obscurité ( Midrash Beréchit Rabba 11:2). L’OBSCURITE DU JOUR : J’ai lu un jour quelque chose d’édifiant, qui m’a permis de mieux comprendre le culte solaire. Je vous le livre de mémoire. Les Egyptiens de l’Antiquité ont appelé l'absence empirique de la divinité "l’obscurité du jour". L'inversion de la nature doit être terrifiante! Ces Egyptiens ont adoré le soleil non seulement comme étant la source de leur bien-être mais comme régénérateur quotidien de la création. Le roi pharaon était vénéré en tant que fils de Ra, l'incarnation vivante du soleil. Le mystère de la renaissance solaire est en fait l’élément central salvateur dans la religion égyptienne. LES 3 DERNIERES PLAIES : Par conséquent, ce n'est pas par accident que l'obscurité unit les trois plaies finales que l’Eternel lance contre l'Egypte. Les sauterelles obscurcissent la face de la terre, si pas le ciel lui-même ( Exode X : 5, 15). L'obscurité qui suit est si épaisse qu'on pourrait la toucher (X : 21-22). Et le massacre des premiers-nés égyptiens se produit dans la profondeur de la nuit. La dévastation égyptienne resta par contre visible aux yeux des descendants de Jacob. Tandis que la plaie de l'obscurité n'intimidait plus les Egyptiens, car elle soulignait l'impuissance de leur déité suprême, du pharaon, roi-crocodile, seigneur de la lumière ; elle n’eut aucun effet sur les enfants d’Israël. LA MORT DES PREMIERS NES : La nuit est également associée à la mort des premiers-nés. Moïse édicte deux commandements au peuple afin d'éviter la tragédie : LA CONSTITUTION DU PEUPLE : La destruction découpe de larges bandes. . En Mitsrayim, Dieu a frappé au moment où les humains sont le plus vulnérables, au milieu de la nuit. C’est la raison de l'instruction donnée aux enfants d’Israël de ne pas quitter leurs demeures durant cette nuit fatidique. Dehors le même sort attendait tous aînés, sans distinction aucune. Intéressant, le verset avec lequel nous ouvrons l’office de ma'ariv qui reprend la narration dramatique de la naissance du peuple d’Israël. Pour le psalmiste, le destin est venu, appelant Israël à travers une cascade de miracles, faisant sortir les enfants d'Israël de l'esclavage, le soutenant dans le désert, lui promulguant le Décalogue au Sinaï et puis à travers l’histoire jusqu’à nos jours. Pourtant Israël n’a pas su être à la hauteur en trahissant maintes et maintes fois la grâce divine illimitée par l'ingratitude vile et la trahison. LE SECRET DES PSAUMES : Néanmoins, comme notre verset l’indique clairement, l'engagement d‘Israël vis à vis de l’Eternel disparaît progressivement, ou se trouve présent « en dent de scie ». Par contre la compassion divine domine la colère. L’Eternel est disposé à essayer encore et encore. Regardons notre livre de Tehilim, notre Livre des Psaumes. L'endroit où se situe notre verset est à peu près au milieu du Psaume et semble impliquer le rapport historique entre Dieu et Israël concernant la fidélité et l'amour non récompensés. La compassion divine compense la faiblesse humaine. Du même coup, le Talmud observe que notre verset (78:38) constitue l'épicentre en termes de verset du Psautier entier (qui contient 150 Psaumes) ; l'expression biblique représente la quintessence d'un rapport du Je – et – Tu (BT Kiddouchin 30a), si cher à Martin Buber et à Lévinas. Rien d’autre que la miséricorde infinie de l’Eternel ne peut établir le lien entre nos besoins et nos mérites. LE FRUIT DE LA EMOUNA : J’ai la conviction que la emouna, la foi dans l’Eternel créateur compatissant, nous aide également à expliquer le fait peu usuel que pour la Torah, le jour en tant qu’unité de 24 heures commence à la tombée de la nuit. C'est donc à l'aube, dans le temps de ayelet hacha’har, de la « biche de l’aurore », comme l’enseignent les maîtres du Zohar, que nous sommes dans notre perfection journalière. Pourtant nous saluons le nouveau jour au moment où notre force s'affaiblit, c’est parce que dans l'obscurité nous détectons la lumière qui advient. Avec la emouna en l’Eternel, nous pouvons défier l'évidence et affirmer le mystère qui forme et structure toute l'existence.
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