Paracha Vayichlah : stratégies pour le bien
L’histoire continue. Ayant quitté Lavan, son oncle et beau-père, Jacob, entouré de ses femmes et de ses 11 enfants entama son retour vers Canaan, la Terre Promise par Dieu à Avraham et Itzhak. La même promesse lui a été faite au moment où il fuyait devant son frère Esaü. Il lui fallait maintenant, après 22 ans, affronter à nouveau Esaü [Genèse XXXII, 21]. Avant de revoir son frère, Jacob passa la nuit à lutter avec un être mystérieux, qui finit par lui dire qu'il s'appellerait désormais ISRAEL, " car tu as jouté contre des puissances célestes et humaines, et tu es resté fort ", et il le bénit alors.
Concentrons-nous sur le retour de Yaakov de chez Lavan, lorsqu'il apprend que son frère Essav marche contre lui, à la tête d'une armée.
ETRE CONFRONTE AUX DANGERS
La Torah nous enseigne que Yaakov s'est préparé par trois moyens à affronter ce danger :
1) Il s'est préparé à la prière, afin de demander à l’Eternel de le sauver,
2) À expédier des cadeaux a son frère afin de l'amadouer,
3) À la guerre en dernier recours.
Pour reprendre les mots surprenants du Midrash : "Hitkin atsmo lichlocha devarim : litefila ouledorone oulemil'hama". "Il s'est préparé pour 3 choses : pour la prière, pour le cadeau et pour la guerre".La question qui doit être posée est donc la suivante : en quoi Yaakov avait-il besoin d'une "réparation" en vue de cette rencontre ? L'allusion contenue dans ce mot est que la mise en œuvre de ces trois choses a demandé à Yaakov des efforts particulièrement difficiles.
1) Concernant l'envoi de cadeaux, Yaakov ne désirait pas avoir recours à ce procédé dit "procédé diplomatique". Pour les commentateurs de la Torah, cet envoi de cadeaux matériels devait avoir une répercussion spirituelle capitale, pour nous servir de leçon face à l'adversité.. Il s'agit d'un transfert de forces de la sainteté, de la kedoucha vers l'autre côté (sitra ahara), c’est-à-dire vers le domaine de l'impureté. Projeter du bien alors qu'en face, tout semble noir et mauvais. Nous voyons que Yaakov a surmonté sa colère, il s'est "réparé", le mot utilisé est apparenté à TIKOUN, conformément a l'enseignement du Midrash. (Hitkin atsmo).
2) Pourquoi procéder par la prière, quelle en était la cause ? Lors de la vision de l'échelle, Dieu avait bien promis à Jacob son aide ! Devant l'examen de tout le bien que Dieu lui avait déjà prodigué, et n'étant pas sûr de s'être bien comporté, Yaakov craignait que cette promesse ne soit obsolète. Il a cependant surmonté ses doutes, ses ambiguïtés et a prié l’Eternel de respecter sa promesse. DE LÀ NOUS APPRENONS QUE NOUS NE POUVONS PAS VIVRE UNIQUEMENT SUR DES ACQUIS, ET QUE TOUT DOIT SE CONQUÉRIER ET SE MÉRITER.
3) Ce que Yaakov craignait le plus était la guerre, comme la Torah le rapporte : "Il craignait de tuer comme d'être tué". C'est ainsi qu'il partage sa famille en deux camps. Yaakov a surmonté ces craintes et V
s'est "réparé" dans cela également, avec confiance en Dieu que si "Essav attaque un camp et le frappe, le camp restant sera sauvé".
LE SENS DES CHOSES VUES DANS LA MYSTIQUE
En réfléchissant plus profondément à tout ceci, nous pouvons comprendre que la difficulté que Yaakov éprouva est liée au fait qu'il dut se RÉPARER, c'est-à-dire, se préparer en même temps à des solutions dont les natures respectives sont contradictoires.
L'aspect "cadeau" relève de la bonté,
La "guerre" relève au contraire de la rigueur.
La "prière" relève de la miséricorde.
C'est la raison pour laquelle cette préparation fut si difficile pour Yaakov. Il devait agir en éveillant simultanément en lui des forces opposées. Mais le résultat fut cependant qu'en se surmontant ainsi, il put parvenir également à surmonter le danger. Voilà comment sortir grandi des épreuves de la vie !!!
SYMBOLIQUE DU CONFLIT INTERIEUR
Nous avons tous compris que la guerre entre Yaakov et Essav symbolise la guerre permanente qui existe en chacun de nous, l'opposition de notre "yetser tov" (penchant au bien) a notre yetser hara (penchant au mal).
STRATEGIES POUR LE COMPORTEMENT PERSONNEL
Dans cette guerre également, nous devons lutter constamment et simultanément dans ces 3 mêmes domaines afin que règnent en nous la bonté, la rigueur et la miséricorde, dans notre attitude par rapport à Dieu et par rapport à autrui. Que ce soit dans nos rapports personnels, familiaux, professionnels ou associatifs, nous devons maintenir cette vigilance. Nous devons accepter le devoir de l'effort : n'avoir de cesse quant à l'aspiration en vue de temps meilleurs pour Israël et pour les nations.
Conclusion :
Cette aspiration ne peut en aucun cas n'être qu'un geste pieux. Les trois stratégies utilisées par notre patriarche le témoignent. Ainsi, à l'exemple de Yaakov, nous surmonterons les dangers et les épreuves. Bien sûr cela ne se fera pas sans mal, et avec beaucoup de difficultés. Nous obtiendrons, si sous le désirons vraiment, victoires sur victoires sur notre yetser hara. Et comme nous sommes à la veille de Hanoucca, c'est bien de ce combat qu'il s'agit : repousser les ténèbres de l'ignorance et de l'intolérance, du dogmatisme et des fanatismes, afin de permettre à la lumière de la Torah de reprendre sa pleine splendeur. Ainsi, pourront irradier les manifestations et les bénédictions de la Torah prononcées à nos ancêtres : "par toi seront bénies toutes les familles de la terre".