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"IGERET LIKHVOD CHABBAT"Lettre de chabbat n°5770-07
Par Rabbi Michel Liebermann

Lekh, Lekha comment iras tu pour toi ?

VA POUR TOI », tel est le nom de notre paracha. Il semble à priori que le projet de vie proposé à Abraham notre père soit bien « égoïste » centré sur lui-même, pour le patriarche spécialiste du hessed (bonté). Nous trouvons une idée semblable dans les Maximes des Pères 1/24.  La Michna nous enseigne : « IM EYN ANI LI ? MI LI ? » : "Si je ne suis pas pour MOI, qui sera pour MOI ?". Cela signifie que si je ne me décide pas à me prendre en main, étudier, pratiquer les mitsvot, m'améliorer et, dans une certaine mesure à bien me définir, me préoccuper de mon bien être matériel qui le fera pour MOI ?
MOI : Même si ici, il s'agit d'un conseil et non d'un ordre, le projet n'en n'est pas moins dirigé vers MOI.  La fin de la Michna nous remet bien vite dans le droit chemin en précisant: « Mais si je suis pour MOI, qui suis-je ? »  Je dois être pour MOI mais, si je suis pour moi je ne suis RIEN, même pas moi?  Nous pouvons pour résoudre cette contradiction définir l'expression « pour Moi » de deux façons :
- « pour Moi » doit être un moyen d'accéder à un certain niveau, de progresser de me construire,
-  « pour moi » ne doit pas être le but de mon existence, comme dit le Talmud : « si je suis moi pour moi je ne suis rien. »

LA POSE DES FONDATIONS :
Pour être, dans le respect du projet divin, un membre actif et utile du peuple Juif, fonder une famille, aider mon prochain, participer à la reconstruction de la maison d'Israël, au tiquoun ha'olam (réparation du monde), je dois comme dans toute construction poser les fondations, être moi-même, m'impliquer sans compromission dans le limoud, l'étude et la pratique des mitsvot, essayer d'atteindre un équilibre personnel spirituel et matériel (certaines mitsvot nous ordonnent de prendre garde à notre santé, d'autres se préoccupent de notre intégrité financière. L'homme, en tant qu'individu, possède une très grande valeur, nos rabbis enseignent « que le monde entier a été créé pour nous ». Cependant, même si le "pour Moi" est important, il ne doit pas être un objectif, il doit me donner les outils nécessaires pour être plus proche de l’Eternel. Il s’agit d’apprendre des expériences de l’histoire, donc ne PAS commettre : ni l'erreur d'Abel (du mot hevel, vanité, inconsistance, je ne suis rien), ni celle de Caïn (du mot hébreu quaniti, j'ai acquis, tout est à moi). Si, pour être un responsable communautaire, un « simple père de famille, un mari, un ami, la Torah m'apprend qu'il faut en premier lieu me construire, essayer de tendre Moi même à la perfection, être au moins aussi exigeant pour moi que pour les autres, car pour faire messirout nefech (don de SOI) il faut avoir un SOI à donner, je dois donc aussi savoir mettre de côté ce "MOI" si difficilement acquis, savoir éclipser mes intérêts personnels lorsque je dois prendre sur MOI pour les autres, sur mon sommeil, sur mon temps pour un ami, sur mon Moi devant ma famille.
JE TE BENIRAI :
Ceci n'est pas aisé, c'est pourquoi dans la suite du premier verset du texte, l’Eternel promet à Abraham abondance de biens matériels : "Je te bénirai", promesse en laquelle Abraham devra avoir confiance. Pour parvenir à secondariser ce « pour Moi » qui m'a demandé tant d'efforts, pour réaliser ce qui est si cher à mes yeux et être pour les autres, je ne possède qu’un seul outil : développer ma Emouna, ma confiance en l’Eternel.

STRUCTURES DE L’ECHEC :
C'est lorsque je suis inquiet pour moi-même que je n'ai ni le temps ni la disponibilité d'esprit de m'occuper d'autrui. C’est également le cas lorsque je place trop haut le niveau matériel du « pour Moi » qu'il ne reste rien pour les autres, ce niveau est en effet une notion toute relative: "Qui est riche ? C’est celui qui est content de ce qu’il possède " nous dit la Michna [Pirké Avoth 5/1].

LE SCANDALE :
Je suis prêt à donner à la Tsedaka le surplus, si mon compte en banque est bien garni et que je suis "tranquille" selon MA propre définition de la tranquillité.

LA REPARATION :
Pourtant, de même que grâce à ma Emouna je suis disponible le Chabbat pour l’Eternel comme si j'avais fini tout mon travail, je devrais tous les jours en faire de même avec mon "pour Moi".  Je me suis souvent demandé en lisant les belles histoires sur la vie de nos rabbis, si nous devions les admirer ou au mieux les imiter. C’est le cas précis de la typologie d’Avraham dans notre texte. Abraham agit ainsi.

REALISME :
j'essaie, à mon niveau, de faire de même, d’être vertueux, d’être proche d’autrui, mais je n'aurais pas pu pensé cela tout seul ! Comment être moi-même une source de bonnes idées et de bon comportement ? Peut être faut-il repartir de la source, de notre « pour Moi » pour le laisser ensuite bien vite de côté.

CHEMA  ISRAEL :
Le 1er paragraphe du Chema Israël nous donne lui aussi la marche à suivre : l’Eternel proclame son unicité dans le premier verset, son MOI est incontournable, mais nous ne pouvons découvrir toute la splendeur divine. Pour nous, pour les générations, pour nous laisser nous exprimer, l’Eternel a voilé Sa Face. Nous disons à voix basse la seconde phrase « baraou’h chém kevod mal’houto leolam vaèd» (sauf à Yom Kippour où nous mentionnons à voix haute tous les aspects de Sa Royauté), l’Eternel s'est retiré en apparence de la Création.

RECHERCHER L’ETERNEL :
C'est nous qui devons désormais Le rechercher dans toutes nos voies, par l'étude, les mitsvot et l'émerveillement devant les bontés qu’il nous prodigue jour après jour. A propos de l'étude, la suite de ce premier paragraphe continue dans cette voie qui commence par « moi » et qui s'élargit vers les autres.
 
LES MOTS – CLES :
« Tu aimeras… de tout ton cœur... Tu enseigneras... enfants... maison ... chemin ... coucher ... lever. » Nous voyons que « moi », mes proches, l'espace et le temps se remplissent progressivement de la Parole Divine.
Le texte poursuit de même au sujet des mitsvot : « En signe sur ta main... tes yeux... ta maison... ta ville... »
L'ordonnance des 2 premiers paragraphes du Chema Israël au singulier puis au pluriel suit également cette démarche. L’Eternel a dit à Abraham va pour TOI, puis Il lui a confirmé qu'Il s'occupera de ce « toi » par les bénédictions qu'Il lui a données pour qu'il puisse en toute sérénité donner ce LE’HA « toi ». Il lui confie alors le rôle de père du hessed et des nations : « les Nations de la terre seront bénies en TOI ».

CONCLUSION :
Soyons les dignes descendants de nos patriarches en sachant nous construire et, comme l’Eternel, sachons nous voiler en faveur d'autrui afin que LUI se dévoile à nous.

 

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