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Tazria Metsora - Les 10 commandements d'Internet

Par Rabbi Pauline Bebe



La tradition juive, par un jeu de mots associe le terme metsora à motsi shem ra (TB, Ar. 15b) - la personne affectée par la maladie de tsoraat, une maladie que personne ne peut identifier puisqu'elle atteint les personnes, les maison et les habits - à la personne qui exprime littéralement un "mauvais nom", qui calomnie. Cette association provient du récit biblique (Nombres 12 :1) lorsque Myriam, la sour de Moïse, dit du mal de la femme de Moïse. On ne sait pas ce qu'elle dit mais Myriam est frappée de cette maladie étrangeordiimmédiatement après. Il est difficile pour nous aujourd'hui de nous sentir concernés par cette maladie, et en particulier par le fait qu'un certain comportement pourrait entraîner une intervention immédiate de Dieu ; en revanche nous pouvons facilement nous reconnaître dans un commérage ou une mauvaise utilisation du langage.


La tradition juive a toujours insisté sur une bonne utilisation un langage et l'ouvrage du Hafets Haim (Israël Meir Hacohen 1838-1933), intitulé shemirat halashon (1873) est un exemple de l'importance de la littérature sur le sujet.

Ce qui m'étonne toujours est que nous nous vivons dans un monde de "mega" communication. Les êtres humains n'ont jamais communiqué si vite, de manière si efficace et sur de si grandes distances. Prenons le simple exemple de cette drasha que j'écris dans un TGV allant de Paris à Tours et dès demain ces mots seront envoyés dans le monde entier aux différents membres de l'Union Mondiale pour le Judaïsme libéral (WUPJ). 

Oui, nous communiquons avec des textos, des telephones, des « blackberry », des ordinateurs, face-book (j'observe mes enfants qui parlent avec 25 personnes différentes au même instant, envoyant des SMS tout en -ils me l'affirment - faisant leurs devoirs de classe) mais d'un autre côté nous ne passons pas plus de temps à nous soucier de l'outil de base du langage : les mots devarim. 
Oui les mots ont exactement le même pouvoir aujourd'hui qu'à l'époque de la Bible. Ils peuvent consoler, ils peuvent blesser, ils peuvent apporter l'espoir ou le désespoir, la joie ou l'anxiété et en particulier lorsque nous écrivons des courriers électroniques C'est pourquoi, j'aimerai proposer 10 lignes de conduite, fondées sur notre tradition qui nous aideraient à une utilisation plus éthique d'internet.

1. Tu reliras toujours un message avant de l'envoyer : Hillel disait "Ne t'exprime pas en termes intelligibles dans l'espoir d'être compris plus tard (Pirkei Avoth 2 :5). C'est peut-être d'ailleurs le sens véritable du mot peroushim -pharisiens- dont nous sommes les héritiers spirituels, i.e. non pas ceux qui sont séparés mais ceux qui sont explicites !

2. Tu attendras avant de répondre à un message qui te contrarie ; ne réponds jamais immédiatement. Ben Zoma disait (Pirkei Avoth 4 :2) hakovesh eth yistro : qui est le véritable héros, celui qui sait vaincre ses passions ».

3. Ne parle jamais d'un tiers si ce n'est pour des questions concrètes (lashon shelishith TB, Ar. 15b) 

4. Ne juge personne sans avoir été préalablement à sa place (Pirkei Avoth 2:5 au nom d'Hillel )

5. Ne transfère pas un e-mail sans avoir eu la permission de l'auteur (lorsque quelqu'un dit quelque chose à un ami, ce dernier n'a pas le droit de le répéter sans que le premier ne lui donne la permission (TB Yoma 4b) 

6. Ne fais pas circuler une information avant d'avoir vérifié sa véracité ("le sceau de l'Eternel est la vérité » émeth TB, shab.55a; Yom.69b ; Sanh.64a)

7.Ne révèle pas une information privée (megalé sod TB, Sanh. 31a)

8. Ne montre pas publiquement des images ou des informations te concernant qui devraient rester privées. On dit de Bilam qu'il a admiré les tentes d'Israël parce que leurs ouvertures ne se faisaient pas face, préservant ainsi l'intimité de chacun.

9. Ne médis pas lashon hara (TB, BM 58b)

10. Ne colporte pas rekhilouth (Lév. 19 :6) R. Nehemiah a enseigné : ne soit pas comme le colporteur qui transporte les paroles de l'un à l'autre et de l'autre à l'un" (TJ. Pe 1:1, 16a).

Nous considérons souvent les messages électroniques comme des conversations orales, pensant qu'une fois que les mots sont prononcés, ils disparaissent mais ce n'est pas le cas. Ils restent dans l'esprit des personnes qui ont été blessées et la douleur est difficile à effacer. Un petit clic peut causer un grand choc : prenons notre temps, zeman nakat, dépêchons-nous lentement afin de mosti shem tov prononcer de bons mots, des mots de bien.


Rabbin Pauline Bebe