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Commentaire de Shavouot
Par Rabbi Michel Liebermann

Yitro, les dévoilements du Divin et la libertétorah

C'est en l’honneur de la fête de Chavouot, dans la paracha Yitro qu'est lu ce passage particulier
de la Torah : celui du matane Torah, du don de la Torah lui-même. Nombreux sont les commentaires à ce sujet magnifique. Aujourd’hui il est intéressant de comprendre le thème du « dévoilement divin » qui accompagna cet évènement. Celui ci fut décrit par le Zohar comme étant  composé de plusieurs voix : "Vayehi kolot ouverakim, vekol chofar... vayehi kol hachofar... vehaelohim yeanenou bekol" C'est à dire : "Et il y eut des voix et des éclairs, et un son de chofar... et il y eut le son du chofar... et l’Eternel leur répondit dans la voix".

La voix se dit en Hébreu kol, pluriel kolot. Et voici que dans notre verset le thème de la voix apparaît cinq fois. Les Rabbis à travers le temps ont enseigné à ce sujet que la Torah fut donnée "avec cinq voix". Nous savons que chaque chose, dans la Torah, est précise, et ceci est donc vrai pour ce qui est des détails qui touchent au don de la Torah lui-même. Il est important de réaliser que le don de la Torah correspond à un prodigieux dévoilement de l’Eternel dans le monde. Nous comprenons donc que s'il est précisé par le regard des Rabbis qu'elle fut donnée "avec cinq voix", cela nous enseigne un des aspects essentiels de la Torah.
Nous savons que dans la vie quotidienne la fonction de la "voix" est de dévoiler ce qui était caché auparavant, en exprimant, c’est à dire en faisant « sortir » ce qui a été pensé, donc enfermé dans son être. Par exemple, la voix d'une personne permet de dévoiler ses pensées ou ses sentiments. On comprend donc que les cinq voix en question correspondent à cinq dévoilements différents de l’Eternel.
Chez l'homme également, il existe plusieurs types de "voix", qui dévoilent chacun un aspect différent. Il y a l'ordre par exemple, qui est violent et fort. Il y a également l'explication intellectuelle, qui a lieu au contraire d'une façon calme. Il existe ainsi de nombreux tons, chacun d'eux apportant un dévoilement spécifique. Ceci peut servir d'image pour ce qui est du dévoilement divin, lors du don de la Torah, qui fut composé de cinq dévoilements différents.

Maimonide explique que la création, dans son ensemble, relève du chiffre "quatre". La création du monde dérive du nom divin, compose de quatre lettres (youd, heh, vav, heh). À ce titre, elle se décompose en quatre mondes spirituels : Atsilout, Beria, Yetsira, Assia. La création matérielle elle-même se décompose en quatre catégories : le minéral, le végétal, l'animal et l'humain. Le minéral est la catégorie la plus inerte. Viennent ensuite le végétal, qui à une vitalité limitée, puis l'animal, dont la vitalité est beaucoup plus prononcée, puis pour finir, arrive l'homme, capable de saisir et transmettre des notions abstraites, spirituelles, au point de pouvoir comprendre qu'il existe des choses qui transcendent les limites du monde et de la création.
Si la Torah n'avait été donnée qu'avec quatre voix, ceci signifierait que l’Eternel y aurait dévoilé la sainteté divine qui est en rapport avec la création, avec le chiffre "quatre". Le fait par contre que la Torah ait été donnée avec cinq voix signifie que l’Eternel a dévoilé lors du don de la Torah une sainteté divine qui n'est pas en rapport avec les limites de la création. Le chiffre cinq indique non seulement la plénitude dans le niveau de la création, mais également quelque chose de supérieur à ceci: Comme nous l’enseigne la Tradition, c’est l’Eternel qui s'est dévoilé Lui-même (hitgalout).

Ce qu’il y a à retenir de notre propos, c’est que l’Eternel nous a dévoilé lors du don de la Torah des niveaux extrêmement élevés de comportements, d’attitudes à avoir et à intégrer. C’est le monde de la Torah et des mitsvot. C’est la raison pour laquelle, lorsque nous étudions et lorsque nous pratiquons la Torah, nous recevons ainsi non seulement une sainteté (kedoucha) en rapport avec la création, mais également la sainteté supérieure de l’Eternel Lui-même, qui transcende toutes les limites de la création.
Comment cela se traduit-il aujourd’hui ? La sortie d'Egypte représente de manière objective la Libération par rapport à une contrainte extérieure, un asservissement physique, une condition d'esclave. Elle signifie le passage d'une servitude concrète à une forme certaine de liberté. Cependant, pris au sens propre, même si on l'articule aux miracles de la Révélation au Mont Sinaï, ce passage n'offre qu'une dimension collective et matérielle. Or nos passions et nos impulsions individuelles sont des contraintes internes qui semblent bien plus aliénantes que les contraintes physiques de la servitude, comme connues en Mitsrayim. L'accession à la liberté personnelle, intérieure, à travers l'épanouissement du libre arbitre et sa mise en œuvre pratique, doit donc passer par un processus plus complet.

Dans ce processus plus élaboré, l'événement de la sortie d'Egypte Yetsiat Mitsrayim, cette libération première de l'esclavage reste très riche en symboles. Il suffit de suivre le rituel du sédère de Pessah. Son association dans notre mémoire et dans sa commémoration à la consommation de la " matsa ", le pain azyme, suggère déjà une forme particulière de libération. En effet, ses composants peuvent être associés à l'idée de sevrage, opérant comme l'amorce d'une indépendance par rapport à la mère mais en même temps, ils constituent un produit alimentaire ramené à ses éléments les plus essentiels, de la farine, de l’eau et l’interdiction de faire « gonfler ce « pain pauvre ».
Nous apprenons que l'autonomie est donc à élaborer.
La liberté n'est jamais offerte comme une donnée achevée mais comme un processus d'implication constante et renouvelée. Le tout, comme l’affirme Rabbi Nachman, c’est de comprendre « que ce monde est un pont étroit et qu’il est essentiel de ne pas avoir peur ».

 

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