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Omer, le respect de l’autre, une condition pour acquerir la Torah
Par Rabbi Michel Liebermann

Regard sophrologique et talmudique :

Le Talmud dans le traité de Yevamot (62b) raconte que pendant cette période, 12 000 couples d'élèves de Rabbi Akiva ont péri et c’est la raison de ces jours de deuil. La cause du décès des élèves est clairement exprimée par le Talmud : ils ne se respectaient pas les uns les autres ! Pourquoi les élèves du Maître ont-ils été punis d'une façon aussi terrible ? Nous ne trouvons nulle part dans la Torah de cas où le manque de respect entraîne la mort. Comment se fait-il qu’ils aient disparus justement durant cette période d'attente heureuse du don de la Torah ? (les 50 jours du Omer).

UNE GENERATION EXCEPTIONNELLE : La génération de Rabbi Akiva était désignée pour transmettre la Torah écrite sous sa forme orale, or la disparition des élèves a occasionné une grande perte. Le fait que les élèves de Rabbi Akiva se soient mutuellement manqués de respect alors que, justement, ils incarnaient ce maillon fondamental de la transmission, a entraîné « une profanation de Nom divin ». La Michna dans les Maximes des Pères (Pirké Avot dit: " Que l'honneur de ton compagnon te soit aussi cher que le tien..." (II, 10) " Que l'honneur de ton disciple te soit aussi cher que le tien, et l'honneur de ton compagnon autant que la crainte de ton maître, et la crainte de ton maître autant que la crainte des cieux."

L'irrespect dont faisaient preuve les élèves de Rabbi Akiva faisait dire au monde alentour : " Malheur à ceux qui étudient la Torah, si son étude doit mener à un tel mépris ! " Ainsi ils furent touchés dans leurs corps. Le Maharsha (Yevamot 62b) analyse le rapport entre la peine de mort physique et le manque de respect en rappelant qu'il est dit : " Il est ta vie et la longueur de tes jours " (Deutéronome 30 ; 20). Corrompre l'élixir de vie qu'est la Torah en l'entachant du mépris de l'autre ne pouvait qu'entraîner la mort, ainsi qu'il est rapporté dans le Talmud (Méguila 27b) : " Par quels mérites as-tu vu les jours de ta vie se rallonger ?... Je n'ai jamais pesé sur mes amis ! " Les élèves étaient à la source de la transmission orale, les dépositaires, ils se devaient d'être exemplaires. Possesseurs d'un message extraordinaire, leur comportement se devait d'être irréprochable. Or, en touchant directement la Torah de leurs compagnons d'étude, ils touchaient également à ce qui constitue l'essence même de la Torah. Il ne leur suffisait pas d'avoir eu un maître exemplaire, encore fallait-il intégrer l'esprit de son enseignement et être capable de vivre de façon autonome ! Celle-ci ne peut d'aucune façon s'instituer et se transmettre sur fond de mépris.

Leur attitude était de fait antinomique avec la Torah. S'ils étaient effectivement arrivés à la transmettre, c'eût été une Torah incomplète et morcelée qui serait parvenue jusqu'à nous, car les conditions indispensables à l'acquisition de la Torah sont le souci de l'autre, le partage de ses peines, la nécessité de le juger en bien... Le fait que les élèves de Rabbi Akiva ne possédaient pas ces qualités, leur ôtait toute possibilité de la transmettre. Il ne leur suffisait pas d'avoir eu un maître exemplaire, encore fallait-il intégrer l'esprit de son enseignement et être capable de  vivre de façon autonome !

LE SENS DU SEMI-DEUIL AUJOURD’HUI : La période de leur disparition n'est pas indifférente non plus : les jours qui séparent Pessah de Chavouot sont par définition des jours de préparation au don de la Torah et notamment dans le domaine des qualités humaines. La même unité qui présida à l'acceptation de la Torah au Mont Sinaï doit être recherchée dans chaque génération. Lorsque le Talmud, plutôt que de parler de 24 000 élèves, précise qu'il s'agit de 12 000 couples d'élèves, c'est pour insister sur le fait que c’est un problème relationnel, qui prend sa source dans le manque de respect mutuel. Rabbi Akiva en personne commente le fameux : " Tu aimeras ton prochain comme toi même. " (Lévitique 19 : 18) en disant : " C'est un grand principe de la Torah" N'est-ce pas justement parce qu'il a vécu dans sa chair cette idée que l'amour du prochain est une condition sine qua non à l'acquisition de la Torah ?

LA LECON A TIRER : Si aujourd'hui nous avons l'habitude de respecter des règles de deuil alors qu’elles ne s'appliquent que durant l'année qui suit la disparition, c'est pour nous faire prendre conscience de la perte qui s'est produite. Nul ne peut dire de quoi la Torah se serait trouvée enrichie si les élèves de Rabbi Akiva s'étaient respectés les uns les autres... Les élèves de Rabbi Akiva ont péri pour nous dire que l'acquisition de la Torah ne saurait faire l'économie de la relation à autrui et se fonder sur les débris d'une relation de mépris à l'égard de notre prochain. Le fait qu'ils aient été touchés dans leurs corps mêmes nous signifie qu'il ne s'agit pas d'un simple concept parmi d'autres... Alors, savons-nous nous respecter les uns les autres ?

 

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